27 mars 2020

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L’ÉPREUVE DU MOMENT CRITIQUE : Le pouvoir n’a plus rien à perdre. Il a déjà tout perdu/Djamel Zenati

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Le coronavirus se propage. Dans ce contexte épidémiologique, le pays a besoin de cohésion, de confiance et de solidarité.

Les citoyennes et citoyens, dans leur écrasante majorité, ont fait montre d’un sens élevé de la responsabilité. La décision consensuelle de suspendre les actions de contestation est un geste hautement symbolique, un signe de grande maturité. Ce n’est nullement un recul, le principe de sacralité de la vie humaine étant au cœur de l’idéal porté par le mouvement populaire.

On ne peut dire autant des décideurs. En effet, par devoir de communion face à la menace virale, il était légitimement attendu du pouvoir en place des mesures d’apaisement comme l’effacement des condamnations prononcées à l’encontre des détenus politiques et d’opinions, l’extinction des poursuites en cours et l’arrêt des actes de répression. Hélas, il n’en fut rien. Il a fait le choix inverse, celui d’ajouter de la colère à l’inquiétude.

Les conditions scandaleuses et inacceptables dans lesquelles s’est déroulé le procès en appel du camarade Karim Tabbou, la peine requise contre Abdelouhab Fersaoui, la mise en détention du journaliste Khaled Drareni, la convocation par la police de l’étudiante Anais Matari et de beaucoup d’autres activistes sont le signe d’un durcissement évident.

Manifester de la haine dans un moment d’une aussi grande difficulté est une preuve d’inhumanité.

Le degré infini de la provocation sera atteint avec l’appel au don populaire. Comment oser solliciter la contribution citoyenne après avoir ruiné le pays ? Comment oser s’adresser au citoyen après l’avoir spolié de ses droits ? Décidément, ils veulent le beurre, l’argent du beurre et les faveurs de la fermière. N’est-ce pas trop ?

La situation ne serait donc plus maîtrisable ?

Pourquoi refuser d’informer l’opinion ? En pareille conjoncture, les gouvernants ont en principe l’obligation de communiquer sur l’évolution de l’épidémie comme sur l’état des ressources publiques.

Il est simple de deviner les raisons de cette omerta. Il y a dilemme. Une amélioration de la situation sonnerait la reprise imminente de la contestation populaire et une aggravation nourrirait davantage le sentiment de révolte. Mais un dilemme vite converti en stratégie : inquiéter en rassurant.

Ce n’est pas de la formule. Cet exercice en apparence contradictoire répond à un objectif. Comme durant la décennie sanglante, le pouvoir entretient un niveau de menace de manière à justifier le tour de vis sur l’expression libre et l’action politique.

Cependant, la gestion opaque et désastreuse de l’épidémie sur fond de dérive policière et judiciaire installe peu à peu le pays dans un climat de peur, d’incertitude et d’indignation. Un mélange explosif susceptible de produire le pire. La cible est la révolution citoyenne. Á défaut de l’anéantir, la pousser à l’erreur fatale.

Et à ce stade, une conclusion s’impose : le conflit qui oppose la société au système en place n’est pas seulement d’ordre politique. Il porte sur les valeurs.

Le pouvoir n’a plus rien à perdre. Il a déjà tout perdu. Aussi, son unique planche de salut c’est le désordre.
Il serait suicidaire de l’accompagner dans cette aventure. La tentation existe. Des forces subtilement disséminées dans la société s’y attachent avec résolution.

A chaque fois qu’une dynamique émerge, on s’arrange pour la pervertir et l’étouffer par mille et un moyens. Ce fut le cas en 80, 81, 88 et 2001.

Aujourd’hui une opportunité inédite se présente. Les conditions potentielles d’une transition démocratique pacifique sont réunies. Ne ratons pas cette ultime occasion.

Pour finir, j’invite à méditer cette fameuse phrase d’Antonio Gramsci.

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres»

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