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30 ans de la disparition du père de la langue Amazigh ; Mouloud Maameri

MOULOUD MAMMERI, ce pionnier principal de la langue et de la culture Amazigh, une ancienne langue considérée morte, qu’il avait sortie de l’oubli, dépoussiérée et lui avait insufflé une nouvelle âme dans l’espoir de l’immortaliser.

Anthropologue, écrivain et linguiste Algérien, né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun, d’Ath Yanni, Tizi Ouzou, où il avait fait ses études primaires. Après 4 ans au Maroc, lycéen à Bugeaud d’Alger puis  Louis Le Grand Paris, avec l’intention de rejoindre l’ENS, mais mobilisé en 39,libéré en 40, il s’inscrit à la faculté des Lettres d’Alger, mobilisé une autre fois en 42, et c’est à la fin de la guerre qu’il prépare à Paris un concours de professorat, il rentre au pays en 47, il devient enseignant à L’ENS de Médéa puis à Ben Aknoun, la période dans laquelle  il publie son premier roman.

Son histoire avec la langue amazighe remonte à 1968 lorsqu’il était le seul à s’inquiéter pour le sort de celle- ci et pour son enseignement, sa survie et sa continuité, c’est dans la section d’ ethnologie qu’il se permettait d’imposer l’enseignement du Berbère en tant que langue ancienne des ethnies mais rapidement, cet enseignement devint au gré des autorités qui lui délivraient des autorisations, d’où il décida d’animer bénévolement des cours de cette langue jusqu’en 1973.
De 69 à 80, il dirige le centre de recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnographiques d’Alger (CRAPE), EN 1969 il se met à la publication  les poèmes de Si Mohand Ou M’Hand.

Le 20 avril 80, une date qui  marque l’histoire de cet intellectuel et la relie à l’histoire de cette langue ancestrale, une intrigue qui a été déclenchée lorsque l’une de ses conférences à l’université de Tizi Ouzou a été interpellée, interdite par le pouvoir, ce qui était à l’origine du printemps Berbère. En 82 il fonde à Paris le Centre d’Etudes et de Recherche Amazigh ( CERAM) ainsi que la revue AWAL (la parole) et il animait également un séminaire sur la langue et la littérature Amazigh. Tout ce long itinéraire scientifique en recherche et études de langue est à l’origine de toute évolution  atteint  ce qu’il lui a vallu, en 1988, le titre de docteur honoris Causa à la Sorbonne.

Ce fondateur de l’Amazighité a aussi son apport considérable pour la langue de Molière ! Il avait , de ce fait, pu vibrer le français, en excellant les règles de sa langue . Ce disciple de l’école française où l’Algérien , l’indigène, n’avait point le droit au savoir, il avait, cependant, pu démontrer le contraire et  persuader le » maître » que l’intelligence et le savoir que dictent la faim et la misère dépassent ceux procurés par la richesse et le bien- être !
L’apport de cet illustre écrivain est sous forme de multiple genres littéraires, des pièces de théâtre, des poèmes et contes notamment du genre romanesque!

Son premier roman » La colline Oubliée » remonte à 1952, écrit en 1939 , relatant l’histoire d’un village perdu dans les montagne Kabyles, où l’intellect( lui ressemblant) , Mokrane , dans une atmosphère ancestrale où régnaient les valeurs humaines! En pleine guerre , les hommes sont mobilisés , leur départ avait engendré le désarroi ressenti comme une malédiction , les mentalités changent , les conflits de générations s’imposent……

« Le Sommeil de juste » son deuxième roman , publié en 1955, une affaire de vengeance dans la montagne Kabyle, le premier fils du patriarche sauve l’honneur en exécutant le rival, Slimane le deuxième fils , un nationaliste et le dernier c’est le personnage d’Arezki, intellect opérant une prise de conscience…… »

l’opium et le Bâton » publié en 1965, relatant l’éclatement de la guerre, Bachir médecin rejoint la résistance auprès de son frère…..les hommes les femmes perdent leurs masques dont la vie sociale nous affuble et dévoile la lâcheté et l’héroïsme, les vices et les vertus, le jeu et l’amour, la ruse et la sincérité !

Quant au dernier de ses romans c’est » la Traversée » 1982, évoque la vie désespérante, s’être battu pour la liberté, accepter les dangers puis s’apercevoir qu’après  20 ans mais la quête n’est jamais achevée! tel est le constat de personnage de Mourad!Et c’est l’image actuelle de l’Algérie, anticipée
MAMMERI n’était pas seulement l’auteur et le révélateur de l’Algérie d’aujourd’hui et il n’était pas seulement l’excellent manipulateur des règles de langue française ni seulement le fondateur de la langue Amazighe ancestrale il est notamment l’adjuvant de toute un système linguistique dans son dernier râle, il avait permis son émergence et s’il avait opté pour sa transcription en latin qui lui était incontestable car il voulait qu’elle soit généralisée, à la portée de tous, l’ouvrir sur le monde entier, lui réserver cette place digne de toute langue mère qui a résisté au temps et a traversé des siècle et notamment qui a marqué l’Histoire dans sa longueur et sa largeur.« Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l’enrichir, à la diversifier, et à ce titre je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer. »

C’était la volonté de ce père qui avait soigneusement rédigé son testament à ses enfants pour qu’il s’assure du bien-être éternel de leur mère.
Comme aujourd’hui, il y a, jour pour jour, 30 ans, un certain, funèbre 26 février 1989, sur le chemin de retour d’un colloque sur l’amazighité, d’Oujda, Maroc, que Mammeri avait rencontré la mort, dans un accident de voiture les environs de Ain Defla mais beaucoup n’ont pas pu croire à cette cause car ils pensent jusqu’à aujourd’hui que Mammeri a été assassiné pour mettre fin aux recherches sur cette langue ainsi  pouvoir la replonger dans hibernation éternelle.

Wahiba Arbouche Messaci / BéjaiaNews