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35ans de la disparition du chanteur de l’exil, Da Slimane Azem.

Il y a 35 ans jour pour jour que la Kabylie avait perdu l’un de ses piédestaux, un des valeureux poètes et chanteurs, il s’agit de Slimane Azem, décédé le 28 janvier de l’année 1983.

Natif de 19 septembre 1918 à Agueni Gaghran, Tizi Ouzou où il avait passé sa tendre enfance, médiocre écolier était- il, si ce n’était les fables de la fontaine qui le retenaient sur les bancs de l’école, l’influence qui le poursuivrait jusqu’à l’âge adulte, très tôt avait quitté l’école pour le monde de travail, employé agricole à Staoueli, d’où était attiré par la mer et par son au-delà, et c’est à 1937 que remonte son départ pour la France, très tôt avait-il commencé les tourments de l’exil “en exil dès mon jeune âge “ à Longwy où il était embauché en tant que manœuvre, en 42 il s’installa à Paris, la ville de mode… très fasciné par la beauté de celle-ci “elpari thahkam felli”.

C’est au début de 1940 qu’apparaît sa première chanson intitulée “Amuh amuh” servant d’un prologue à son riche et varié répertoire dont la thématique oscillait entre l’amour de son pays, de la Kabylie et l’exil et ses dures conditions de vie, les règles de la bienséance, la société et ses traditions, puis il s ‘attaquait au sujets politiques, nationalistes, anti colonialisme en chantant le drapeau national “idhahrad wagour” et “efagh aya jeradh” ce qui lui avait valu des démêlés avec la police française et l’avait assigné à résidence surveillée à Marseille après avoir interdit la diffusion de ses chansons. Car il était le seul à chanter l’injustice, la discrimination et l’intolérance, car il était l’unique à crier son identité, il tomba, alors dans le même piège de l’interdiction, après l’indépendance, cette fois ci de la part de ce pays qu’il a défendu contre l’ennemi avec sa seule arme qui était la chanson, instruisant et inculquant le patriotisme chez tout Algérien assoiffé de l’indépendance.

Il a été déporté et interdit dans son propre pays, banni des médias officiels mais il continuait son chemin, en chantant l’émigration, en déplorant l’ostracisme dont a été victime, défendant les valeurs de la société traditionnelle en évoquant Dieu à grand renfort, où la dominante religieuse était liée à la bienséance, à la pudeur et à l’éducation. Il faisait parler des animaux dans ses fables à lui ! pour transmettre ses moralités en distillant des messages politiques critiquant la dictature algerienne qui régnait à cette époque là, dans un moule typiquement comique car son but était “instruire en divertissant “ comme disait le Classique Molière.

C’était en 1959 qu’il quitta cette Algérie qui prônait sa thématique, pour ne plus y revenir, c’est en 63 donc qu’il s’installa à Moissac, une des villes françaises qui lui avait ouvert les bras fermés à Agouni gueghran, sa ville adoptive où il avait fini ses jours entre la chanson et sa ferme d’oliviers et de figuiers, les deux arbre qui revenaient dans ses textes et qui témoignaient pour ce sang algérien qu’il portait ! En 75 il s’était lancé dans le théâtre musical, des sketchs en duo avec son esprit frère, le cheikh Nourddine, “carte de résistance “ “à madame encore un verre”…. Etc Son concert d’adieu remonte à 1982, le 30 et 31 janvier où il monta en scène à l’olympia une année après il s’éteint à jamais.

Même ignoré et banni par son propre pays qui lui refusait même le vœu de reposer entre les siens dans cette terre ô Combien occupait son cœur ! Le pays de Hugo et de voltaire l’a ressuscité, l’a honoré, deux superbes placettes qui étaient baptisées en son nom puisqu’il était de ce pays qui ignore le talent de ses enfants, un pays qui n’estime jamais la vraie place de siens.

Da Slimane même mort reste éternellement vivant dans la mémoire algérienne, où résonnera toujours l’Algérie mon beau pays je t’aimerai jusqu’à la mort, loin de toi, moi je vieillis, rien n’empêche que je t’adore.

Wahiba Arbouche Messaci/BéjaiaNews