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4e Festival national de l’étudiant de Béjaïa : Une édition sous le signe de la mémoire

sans-titre-1_2615253L’université Abderrahmane Mira de Béjaïa commémore la double date du 19 mai 1956 et 1981.

Le club scientifique du département de tamazight, Tumast, en collaboration avec l’APC, le comité des fêtes et l’université de Béjaïa, organise, du 15 au 19 mai, la quatrième édition du Festival national de l’étudiant, dédiée à ces deux dates symboliques.

La première marque un tournant décisif dans l’histoire de la Guerre de Libération nationale. Il s’agit du jour où, à l’appel de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), étudiants, lycéens et intellectuels ont décidé de déserter les bancs des écoles pour rallier le maquis, aux côtés de leurs frères de l’Armée de libération nationale (ALN), en armes depuis deux ans pour sortir le pays d’une longue nuit coloniale durant laquelle le peuple algérien a enduré les pires humiliations.

La deuxième date est non moins importante, car elle marque le prolongement du Printemps berbère d’avril 1980. C’est, en effet, le 19 mai 1981 que des milliers de citoyens se sont déversés dans la rue à Béjaïa, pour exiger, outre la libération des détenus d’avril 1980, la satisfaction de la plateforme de revendications issue du séminaire du Mouvement culturel berbère (MCB) tenu du 1er au 31 août 1980 à Tamgout (Yakourène).

L’histoire retiendra que le mouvement a pris chair et vie dans les salles de classe des lycées de Béjaïa, avant de se propager à toutes les franges de la société, grâce au travail de sensibilisation entrepris par les lycéens.

Ont suivi des émeutes qui ont duré plusieurs jours, où les services de sécurité ont fait preuve d’une brutalité inouïe, arrêtant et blessant à tour de bras. A l’époque, les autorités voulaient faire croire — sans succès — à un soulèvement causé par le détournement du projet de l’université de Béjaïa vers une autre wilaya, mais cette revendication était secondaire à côté des mots d’ordre identitaires et sociopolitiques portés par les jeunes lycéens.

Pour s’en rappeler, les organisateurs du festival ont eu la brillante idée d’inviter des acteurs et des détenus de ces événements autour d’une table ronde. Parmi les personnes invitées, seuls Mokrane Agoune et Aziz Tari ont répondu présent. Les autres, à l’instar de Djamel Zenati ou Nacer Boutrid, pour cause d’empêchement, se sont excusés de ne pas pouvoir y prendre part, apprend-on d’un organisateur.

19 mai 1981, le prolongement du printemps berbère

Mokrane Agoune, le plus jeune des 52 détenus de ces événements, raconte : «Le soulèvement a été précédé par un travail de sensibilisation de longue haleine. Organisés en coordination des lycées de Béjaïa, nous avons pris contact avec les étudiants de l’université de Tizi Ouzou et distribué des tracts un peu partout dans la wilaya de Béjaïa. Le 19 mai, nous sommes sortis dans la rue.

Avec des travailleurs qui se sont joints à la foule, nous scandions des slogans relatifs à la reconnaissance de l’identité et langue amazighes et de l’arabe algérien, à côté d’autres pour la libération des détenus de 1980 et contre la répression du régime du parti unique. La situation a dégénéré en émeutes, lorsque les services de sécurité ont commencé à provoquer les manifestants.» Et d’enchaîner : «Ce jour-là, nous avions le sentiment de remporter notre première victoire face à la police.

Celle-ci s’est acharnée sur les manifestants, on a d’ailleurs dénombré 52 arrestations et plusieurs blessés. A 16 ans, j’étais le plus jeune des détenus. Les peines allaient de 3 mois à 4 ans d’emprisonnement.

Pour avoir refusé de parler en arabe et insulté le juge, Nacer Boutrid avait, lui, écopé de trois ans, plus une année. Beaucoup de détenus ont eu leur bac dans les geôles.

Et pour battre en brèche la littérature du régime à l’époque qui tentait de salir le mouvement en lui collant à tort une étiquette régionaliste, beaucoup l’ont repassé en lettres arabes.»

Pour sa part, Aziz Tari, double détenu d’avril 1980 et du 19 mai 1981, dira que «le mouvement berbère a deux piliers : avril 1980 et le 19 mai 1981, la deuxième n’étant que le prolongement de la première». Aziz Tari raconte que «les événements de Béjaïa ont eu un retentissement chez tous les Kabyles, non seulement en Kabylie, mais aussi dans l’Algérois et dans d’autres régions du pays», avant de souligner que la gent féminine avait pris une part active à ce mouvement, citant à ce titre le cas du lycée de filles Ibn Sina de Béjaïa.

D’envergure nationale, le Festival de l’étudiant de Béjaïa accueille des participants de plusieurs wilayas du pays. Placée sous le signe «L’étudiant et la mémoire», cette 4e édition a pour objectif de «relancer la dynamique culturelle universitaire autour de l’héroïque histoire de mai 1956 et de mai 1981, deux dates aussi importantes l’une que l’autre, pour avoir marqué dans le fond l’histoire nationale et celle de notre localité», selon le recteur, Saïdani Boualem.

Par ailleurs, M. Saïdani s’est dit favorable à l’institutionnalisation de ce festival et à ce qu’il devienne itinérant de manière à lui donner plus d’écho à l’échelle nationale. Plusieurs activités culturelles, sportives et scientifiques sont prévues, dont une conférence-débat, dimanche, de Dominique Wallon, autour de son livre Combats d’étudiants pour l’indépendance de l’Algérie, UNEF-Ugema 1955-1962. Le festival sera clôturé, demain, par un gala artistique au campus Aboudaou.

Mohand Hamed-Khodja