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5 ans de la disparition de nna Cherifa, la doyenne d’ Achwiq

Bqa aâla khir ay Akbou ifouk ezhu”  (Adieu Akbou ), telle était l’une des chansons phares que Nna Cherifa a légués au patrimoine  kabyle, un titre qui devient une expression figée chez tous ceux qui connaissent la valeur et l’apport  culturel  et considérable de cette grande dame !

5 ans de sa disparition, un certain 13 avril 2014,  comme aujourd’hui, Nna Cherifa ou Khalti Cherifa comme l’appelaient les Algérois, reste un monument  de la chanson  instructive kabyle en particulier et algérienne en générale , ses  chansons demeurent le repère d’une pédagogie enseignée à travers des générations.

De  son vrai nom Ouardia Bouchemlal, née le 9 janvier 1926 à Aït Halla (commune d’El-Maïn), les environs de Djaafra, pas loin de Guenzet. Nna Cherifa a mené une rude et pénible  vie, très tôt, orpheline de père donc placée sous la tutelle des oncles maternels, après le remariage de sa mère, elle avait, très jeune côtoyé la misère dans toutes ses formes, et pour qu’elle puisse se nourrir, elle devait faire  paître le troupeau familial et c’était  ses moments de méditations sur sa restreinte vie, qu’elle se donnait  alors, au chant et se défouler de la charge qui pesait sur sa tendre jeunesse, des éclats de voix, bien timbrée, produits par   de puissantes vibrations de ses solides cordes vocales afin d’exprimer ce chagrin qui hantait son fin fond de soi.

“Une  simple écoute d’un roulement de bendir me poussait à me  précipiter sur les lieux de la fête”,  avoua-t-elle à la chaîne II, dans  l’une de ses interviews , le chant est le seul événement qui donnait de vives  couleurs à sa morose et monotone vie, même si chez les Kabyles, notamment de son époque, la femme qui chantait était mal vue au point d’être reniée par  toute sa  famille, mais elle avait su transgresser tous les interdits .C’est comme dans toutes sociétés esclaves  de fortes traditions, qui vénèrent les musiciens mais qui  a toujours honte de les avoir dans la famille.

La future diva subissait, pourtant, de sévères punitions et de  dures corrections de la part de ses tuteurs pour sa vocation artistique mais cela n’empêchait guère sa subite prise de conscience quant au changement de cours de sa vie.

Malgré ses délicates conditions,  son illettrisme, sa marginalisation et  sa méconnaissance du monde externe , elle décida, tout de même,  quitter sa région natale,dès 18 ans, elle avait pris sa destination pour  vivre de sa vocation ailleurs, loin de ses bourreaux, à quelques dizaines de kilomètres de sa région , précisément à Akbou, qu’elle ne tarda pas à quitter, quelque temps plus tard, pour Alger, soutenue  par lla Yamina, l’une des doyennes de la voix féminine kabyle, une parente à elle, selon ses révélations.

Et c’était justement dans ce  train qui l’avait  conduite  vers Alger, qu’elle composa Bqa Aâla Khir ay Akbou, en 1942, le titre qui fera sa renommée plus tard.

Dans les années quarante, elle chantait déjà à la radio algérienne et avait pu s’imposer rapidement comme la maîtresse du chant kabyle et  pendant des années, elle tournait  un peu partout en Algérie et enregistrait de nombreux morceaux, soit de sa composition, soit puisés dans le patrimoine folklorique, environ 800 titres selon  son estimation, où la misère notamment, les conditions de la femme, et la trahison conjugales  faisaient  les principaux thèmes qui composaient son illustre répertoire.

Cependant, elle s’indignait de ne pas avoir bien  vécu de son art car à une période donnée de sa vie, elle  ne touchait à aucun droit d’auteur, lorsque beaucoup de chanteur s’amusaient à reprendre ses titres pour se faire connaître.

La  doyenne de Achwiq  n’avait eu droit à la reconnaissance que vers les dernières années de sa vie, et ce qui avait en quelque sorte, mis  du baume à son fragile cœur  c’était justement ces quelques  jeunes artistes  qui  ont fait d’elle la spécialiste des préludes ( Achwiq) et la doyenne de la chanson traditionnelle kabyle, tout en lui réclamant l’honneur de leur accorder un duo, et à une époque donnée, la fête qui n’était pas animée par Nna Cherifa, , n’avait pas de sens chez les Algérois, notamment !

Aya Zerzour (1956), Azwaw (1972), Sniwa d Ifendjalen (1990), Elward Ifiras…… et pleine d’autres titres  qui sont toujours interprétés et repris par de grands chanteurs , des chansons éternelles portent toujours l’âme chaleureuse, tendre même si  triste et brisée de Nna Cherifa, dont la voix résonne et continue à résonner dans tous les endroits où sa belle voix s’était éclatée, à compter d’Akbou pour lequel  ses adieux ont été, d’abord, faits.

Wahiba Arbouche Messaci / BéjaiaNews