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À dieu la Gardienne des trésors kabyles…

La dame connue par le nom de  ” la Gardienne des trésors kabyles” tire sa révérence il y a 5 jours

Il s’agit de cette sœur chrétienne qui souhaitait être inhumée en robe kabyle, cette grande dame que sa mission en Algérie avait rapprochée et attachée à ce misérable peuple colonisé, assoiffé de savoir et de digne vie.

Ça ne peut être que Lucienne Brousse, l’une de ces françaises religieuses qui ne pouvait se détacher de l’Algérie et de sa culture.

Envoyée avec d’autres sœurs chrétiennes à Beni yenni en 1953, missionnaire pour enseigner et aider les femmes et les enfants de l’époque. Prises, ces dames, entre l’armée française et les Felaghas étant proches des populations qui trouvaient refuge et secours chez elles dans les couvents.

En enseignant les filles,  Lucienne écoutait et retenait les expressions, les contes et les proverbes Kabyles, et c’est en 1954 qu’elle avait commencé à mettre en ordres ses connaissances linguistiques et à les transmettre au Centre d’études Berbères féminines, en mettant en valeur ces trésors de sagesse et de poésie de femmes Kabyles qui s’expriment à travers les tatouages, porteurs de significations et messages, dans des dessins tatoués sur leurs corps qui se transmettaient de génération à l’autre.

Après l’indépendance, elle avait, sans réfléchir  choisi l’Algérie pour y passer sa jeunesse et pousser ses recherches , son pays adoptif, elle ne pouvait s’éloigner de ce dernier, qu’elle avait tant servi avec coeur et âme, auquel son attachement n’avait pas d’égal,     “quand vous êtes intégré dans un pays qui vous a adopté vous ne l’abandonnez pas pour vous mettre à l’abri”” avait- elle avoué dans l’un de ses témoignages.

Après le décret d’arabisation de 1965, en civil, elle avait fréquenté l’université d’Alger pour avoir la licence et maîtrise de langue arabe puis études approfondies en France.

Enseignante titulaire, reconnue par l’éducation nationale, exerçant au Centre Culturel Français depuis 1973 jusqu’à 1994, avant sa fermeture.

De par sa longue carrière dans l’enseignement, elle avait acquis une large connaissance des langues parlées au point de collaborer à la création d’une méthode audio-visuelle pour l’apprentissage de l’arabe algérien et collaborer ainsi  à une mise en forme de la méthode inédite de tamazight.

Elle est, par ailleurs, l’auteure de la traduction en arabe parlé du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, parue en 2008.

Lucienne se centrait, dabs ses recherches sur les tatouages, elle portait un regard plein de curiosité et d’admiration à cet art ancestral à part entière dont la pratique avait commencé à s’estomper pour disparaître dans les années 1970, selon ses  études approfondies, dans son ouvrage intitulé “Beauté et identité féminine: lewcam : les tatouages féminins berbères régions de Biskra et de touggourt. 

Un art corporel issu d’une tradition fort ancienne, une “sorte d’écriture déchiffrable par les initiés», pratiqués par les femmes particulièrement celles qui avaient le teint clair.

Une taxonomie ou corpus des dessins, symboles et signes caractéristiques, est établie par notre auteure, tout en donnant des significations et une éventuelle interprétation recherchée pour chaque caractère , en mettant en relief cet art si particulier aux Maghrébines.

 Des tatouages des régions de Biskra et de Touggourt en s’étalant un peu plus dans les régions de la Kabylie, pour apporter une modeste étude qui explique le côté ethnographique de la symbolique originelle des tatouages, se référant souvent à des témoignages de femmes de l’époque.

 Comme la langue et tout autre code de transmission , les tatouages, issus de la science appelée, sémiologie, qui font partie de la culture berbère un « art du corps », pratiqué depuis l’Antiquité, c’est un langage à comprendre, un code à décoder, un moyen de transmission pour épargner de l’oubli, secondait la mémoire et notamment l’offrir aux futures générations à la recherche de leurs origines et racines.

soixante ans d’engagement religieux, et autant de présence en Algérie.une longue amitié spirituelle, dans la fidélité et le respect qui l’avait liée, tout au long de cette période, aux Algériens dans une vie qui s’étale sur 88 ans de labeur,  de recherches, d’études, d’enseignement et notamment de bienfaisance et de disponibilité pour les autres.

 Lucienne porte, enfin, comme elle le souhaitait  sa robe kabyle « blanche » telle la blancheur de son cœur  dans son ultime voyage à la rencontre de  son créateur  et que la paix lui soit réservée éternellement.

A dieu Gardienne des trésors kabyles !

 Wahiba Arbouche Messaci /BéjaiaNews