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Aokas : Les prédateurs de la bande boisée reviennent à la charge

La Bande Boisée, longeant le littoral maritime d’Aokas se voit menacée derechef. Les pseudo-investisseurs, postés pour un temps en embuscade, reviennent à la charge en changeant pour cette fois de modus opérandi, préférant mettre le feu en plein milieu de cet écran vert, procédé non moins criminel et pernicieux que l’abattage entrepris y a plus d’une année maintenant. Après une mobilisation salutaire de la population d’Aokas, qui a permit un sursoit du projet, ces énergumènes férus du bétonnage comptent procéder autrement.

Rétrospective :

La Bande Boisée d’Aokas avec ses milliers d’arbres plantés bénévolement  déjà en 1964, projet populaire de la Direction de Reboisements des Sols, est  considéré comme le dernier poumon de la ville, aux biens faits multiples. D’abord servant de haie contre la montée du sable et des sels marins vers les terres arables. Autre son rôle de ceinture végétale, elle abrite au cœur  de ces arbres composés d’eucalyptus, de pins maritimes et de sapin, une décharge, « un cancer » stricto sensu, qui dégage des gaz extrêmement nocifs dont le mercure, que la Bande Boisée absorbent une grande partie.

La décision d’abattage des arbres intervient dans le cadre du projet ZET (Zone d’Extension Touristique). En réalité ce qui est présenté pompeusement comme « un investissement touristique », par des prédateurs sous couvert d’investisseurs qui ont jeté leur dévolu sur la Bande Boisée,  n’est qu’un projet de baraquement, dont les assiettes de terrain sont octroyées d’une manière clientéliste, sans aucun avis de consultation publique de la part du président de l’APC, ce qui soulève moult interrogations.

La réponse ne s’est pas fait attendre. Une réunion sous forme d’assemblée générale le 23 janvier 2016, qui s’est débouchée sur la naissance d’un «  comité citoyen pour la défense de la Bande Boisée », composé d’une dizaine de personnes de sensibilités diverses. Lançant une pétition, comme première tâche, paraphée par trois partis politiques (PST, RCD et FFS), et sept associations, dont on pouvait lire « Nous, l’ensemble des associations, partis politiques et citoyens de la Daïra d’Aokas, signataires de la présente pétition, tenons par le biais de cette dernière à manifester notre mécontentement et exprimer notre refus catégorique quant à la destruction de la Bande Boisée…  ». Ladite pétition  avait permis de rassembler quelques 600 signatures, adressée au Wali de Béjaia, le président de l’APC d’Aokas, le chef de Daira d’Aokas, la direction de l’environnement, la direction des forêts de Béjaia et l’union nationale des paysans algériens (UNPA). Et d’enchainer avec une marche le 15 février 2016, qui a pu drainer une centaine de protestataires. Scandant des mots d’ordre contre l’abattage des arbres, la procession humaine a marqué une halte devant le siège de Daira et devant l’APC, avant de parcourir quelques trois kilomètres, pour s’enquérir des dégâts occasionnés par l’abattage de quelques arbres par les pseudo-investisseurs les plus zélés.

Une mobilisation salutaire qui avait fait réagir le Wali, ordonnant le sursoit du projet. Un sursoit qui a sonné comme une première victoire qui vient donner de l’espoir et faire taire les quelques cassandres de la vingt cinquième heure qui n’arrêtaient de seriner l’inéluctabilité  du déboisement. Au demeurant, la vigilance est de mise, car sursoit n’est pas annulation.

Comme attendu, la sournoiserie est à la mesure de la prédation. Faisant fi du sursoit qui leur été adressé et sans la moindre probité, les pseudo-investisseurs ont accouché d’une nouvelle manigance, recourant cette fois au déboisement une fois la nuit tombée. Cet énième coup fourré n’est pas passé sans susciter l’ire de la population locale. Via le comité citoyen pour la défense de la Bande Boisée, un autre appel à la marche fut lancé pour le 27 août 2016. Sans fléchir d’un iota, la population a répondu massivement à la marche, dépassant même le nombre de protestataires de la première manifestation, signe d’une réelle  prise de conscience de la légitimité  du combat mené. L’appel à la marche stipule : « … Au moment où l’impunité règne en maitre, poussant les dilapidateurs du patrimoine public, les pollueurs, les squatteurs et toute une foule de parvenus au festin de la république, dans une ambiance de curée générale, à s’attaquer au grand jour à tout ce qui est public, étatique, communautaire … ». La marche dont a pris parti des jeunes et des moins jeunes, et même des vieux qui ont planté de leurs propres mains ses arbres qui font aujourd’hui plus de 30 mètres de hauteur. Après une prise de parole devant le siège de l’APC, passant sous les fourches caudines les élus locaux accusés de complaisance dans ce massacre écologique prononcé, tout en appelant à faire preuve de vigilance.

Comme à leur coutume, ces prédateurs jettent en pâture les doléances de la population et faisant montre d’un cynisme déroutant. Un mur d’enceinte en béton armé, faisant croire à une propriété privée, est érigé pour marquer le territoire concédé à un de ces pseudo-investisseurs. Après que les membres du comité aient cherché à s’informer au niveau de l’APC, on leur a signifié qu’un PV d’infraction pour construction sans permis a été établi par les services concernés de la wilaya, et de confirmer que tout le littoral  est cédé, avec acte, par l’ANDT (Agence Nationale de Développement du Tourisme dans le cadre de la ZET). Face à tel mépris à l’égard des citoyens, le mot d’ordre du comité fut « la mobilisation massive », comme seul moyen d’en découdre et des pseudo-investisseurs et des élus locaux faisant preuve d’une veulerie insondable. Convaincu que seule une action de rue peut basculer les rapports de force, les membres du comité n’ont pas atermoyé  pour faire appel à une troisième marche le 22 avril 2017. La foule toujours aussi nombreuse n’a pas rechigné  à répondre  à l’appel, une procession humaine d’une centaine de protestataires ont battu le pavé. D’une seule et même voix, les marcheurs ont appelé à « la restitution de la Bande Boisée à la collectivité » comme le stipule l’appel à la marche. Lors de la prise de parole, tout le monde à appeler à la vigilance et être prompt à la réaction dès que les  circonstances l’imposent.

Depuis, le concours des circonstances a fait réagir les membres du comité, tantôt par le biais de déclaration tantôt en organisant des réunions publiques.  Le dernier épisode consistant dans l’allumage de feux,  sonne come une énième tentative de liquidation de la Bande Boisée, dont le comité ne restera pas bouche cousue, loi s’en faut, une déclaration sera publiée prochainement, en attendant d’autres actions.

L’enjeu actuel :

Le rasage de la Bande Boisée et la construction de ce qui est présenté comme une chaine hôtelière, exclusivement à un clientèle bon chic bon genre, au détriment de la population locale, qui devrait suffoquer en inhalant les gaz toxiques de la décharge, et se voir interdit d’accès à la plage. Pourtant protégée par tout un arsenal juridique, dont les exemples suivant ne sont qu’un florilège : Loi n°02-02 relative à la protection et à la valorisation du littoral. Décret exécutif n°07-23 fixant les modalités de rétrocession ou de concession des terrains situés à l’intérieur des zones d’expansion et sites touristiques. Décret exécutif n°07-206 fixant les conditions et les modalités de construction et d’occupation du sol sur la bande littorale, de l’occupation des parties naturelles bordant les plages et de l’extension de la zone objet de non-ædificandi. Loi n°03-01 relative au développement durable du tourisme. Loi n°03-10 relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable. Loi n°01-20 relative à l’aménagement et au développement durable du territoire. Décret Exécutif n°09-152 fixant les conditions et les modalités de concession et de cession des terrais relevant du domaine privé de l’Etat destinés à la réalisation de projets d’investissement. Décret exécutif n°04-113 portant organisation, fonctionnement et missions du commissariat national du littoral.

Tout bien considéré, l’enjeu essentiel est ni plus ni moins que la privatisation de cette bande du littoral, par une caste d’oligarchie qui pullule dangereusement dans l’ombre du pouvoir. Privatisation d’un bien commun avec une complaisance déconcertante des pouvoirs publics en perte de légitimité. La seule option valable restante n’est tout autre que l’action de rue, une large mobilisation à même de basculer  les rapports de force, afin de contrer cette caste d’oligarchie prédatrice et restituer la Bande Boisée à la collectivité.

Adlène Belhmer / BéjaiaNews