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Après un séjour mi-figue mi-raison : Les émigrés repartent

Les villes et les villages de Béjaïa ont accueilli en cette période des centaines, voire des milliers de familles venues se ressourcer au pays.

La saison estivale tire à sa fin en Kabylie, une région qui se singularise chaque année sur au moins un point, la présence en force des émigrés. Connue pour son importante communauté émigrée, la Kabylie a encore cette année accueilli des milliers de ses enfants, venus se ressourcer le temps d’un mois et pour certains beaucoup moins. Durant juillet et un peu plus au courant de ce mois, les émigrés sont revenus pour passer quelques jours voire des semaines avec les parents, la famille et profiter du soleil qui leur manque tant là-bas. Août est leur mois.
Les villes ou les villages de Béjaïa ont accueilli en cette période des centaines, voire des milliers de familles venues se ressourcer au pays. Très attachés à leur terre natale, les émigrés sont là foulant le sol de leurs ancêtres, affichant une fidélité manifeste à leurs villages.

Les vacances reviennent moins chères ici. Hier, nous avons rencontré quelques-uns d´entre eux à l’aéroport Soummam Abane-Ramdane. Ils s’apprêttent à repartir dans le pays d’accueil, mais non sans un pincement de coeur. Salah et sa famille repartent. Ils ont passé un bon mois de vacances. Lui et sa femme font partie de la nouvelle génération d´émigrés. Parti, il y a quelques années, il a réussi le pari de s´installer à Paris, de fonder un foyer. «Je suis content d’avoir passé un mois parmi les miens et dans ma région qui m´ont beaucoup manqué.» Notre émigré affiche un air de regret de repartir si vite dans un pays où chaque sou se compte. L’émigré d’aujourd’hui se porte mieux chez lui.

Le fort taux de change de la devise donne des ailes à nos compatriotes et c’est toute la région qui en profite. Une providence pour le développement local. Et pour cause! Si, par le passé, les gens d’outre-mer envoyaient des mandats à leurs familles restées au pays, prenaient en charge des constructions dans leurs villages, aujourd’hui ils vont jusqu’à lancer des chantiers générateurs d’emplois…«J’ai déjà confié à l’entrepreneur du village la construction d’une maison», nous fait-il savoir comme pour dire qu’il profite de cette aubaine pour se doter d’un maximum de confort pour sa retraite. Il est issu d’une famille nombreuse. Aujourd’hui, ses frères dépendent de la rente de son père, un ancien émigré lui aussi. Cette situation lui est insupportable. «Il faut réfléchir à un investissement sérieux ici», estime-t-il. Notre communauté génère d’importantes rentrées de devises. Il est important de voir que des jeunes pensent aux investissements. Après l’Etat, les émigrés sont déjà le second employeur dans la région de Kabylie. Mais c’est surtout leurs propres familles qui en tirent le plus gros bénéfice. Depuis le début du mois de juillet, les véhicules immatriculés à l’étranger apparaissent comme un signe qui ne trompe pas sur l’origine du conducteur. En dépit du prix de revient d’un voyage par voiture à partir de la France, nos émigrés optent toujours pour cette option qui leur garantit au moins la liberté et l’indépendance même si la tendance est aujourd’hui à l’occasion de véhicule localement. «Ça revient beaucoup moins cher», estime Saïd qui accompagne une famille de retour en France par avion. Beaucoup se paient en effet le luxe de louer une voiture pour toute la durée des vacances. «C’est moins cher que de venir avec son propre véhicule», soutient une dame rencontrée récemment dans une agence de location de voitures à Béjaïa. En véritable calculatrice, elle nous expliquera que «la location de voiture pendant toutes les vacances dépasse à peine le prix du billet d’un véhicule ramené de France». On comprend mieux la prolifération des agences de location de voitures.

Parmi les émigrés, qui reviennent chaque été, il y a les retraités, des salariés, de plus en plus nombreux, résidant en France en famille. Comme avant, ils ont tous une maison plus confortable que celle d’autrefois. Saïd en possède même deux.

Une au village natal comme tous les émigrés qui se respectent et l’autre à Béjaïa. Il a su profiter de l’envolée de la devise pour doter même sa progéniture de moyens de décoller sans souci dans la vie active. Depuis au moins une année, de nouveaux émigrés reviennent au pays avec leurs épouses françaises, généralement d’origine algérienne. C’est souvent le voyage de récompense pour ces dames qui leur ont permis d’avoir des papiers et des permis de séjour.

La majorité d’entre eux ont ramené leurs familles, dont certains membres, nés outre-mer, découvrent pour la première fois leur pays d’origine. Ceux que nous avons abordés se disent déçus par le fait que tant de beauté naturelle qui s’offre à leur regard, ne soient pas accompagnées de commodités à même de permettre un séjour agréable et sans encombres.

Nos émigrés évoquent avec regret les travaux partout au chef-lieu de la wilaya. «C’est vrai qu’il faut améliorer la situation des gens qui habitent la ville, mais il est recommandé de la faire en dehors de l’unique période festive», note-t-on. Béjaïa se vide de ses émigrés mais également de ses estivants. Tout ce beau monde incommodé cette année par tant d’inconséquences quitte Béjaïa avec l’espoir d’y revenir l’an prochain pour la mieux découvrir.

Arezki Slimani / L’expression