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Bejaia: Les femmes victimes de harcèlement et violence se révoltent

Des femmes fonctionnaires de la Direction du logement de la wilaya de Bejaïa (siège : bloc administratif), victimes de harcèlements moraux et de tentatives répétées de violences physiques, ont observé hier et aujourd’hui (mardi et mercredi 18 et 19 février 2020), un rassemblement à l’entrée du bloc administratif pour dénoncer leur directeur et des chefs de service qu’elles accusent de brutalités verbales, d’insultes, d’injures, d’intimidations répétées, d’abus de pouvoir, et plus que tout cela, de tentatives répétées d’agression physique.

Tout a commencé depuis que ces fonctionnaires ont dénoncé les cachoteries de leur direction. Celle-ci réagit vite en prenant des sanctions (intimidations, mises à pied, changement de service…). Des femmes syndicalistes sont quotidiennement et rudement intimidées, harcelées moralement, insultées à haute voix par leurs chefs de service…. Le directeur a même usé d’un langage de voyou en défiant la secrétaire générale de la section syndicale comme suit : « Dites à votre mari d’aller affronter votre chef de service dans la rue. »

Ne pouvant plus supporter le climat d’hostilité et d’insécurité dans lequel ces fonctionnaires vivaient depuis des semaines, la responsable du syndicat se déplace au commissariat central porter plainte contre leur directeur et leurs agresseurs. La police refuse d’accuser réception au motif que le premier responsable de la Direction du logement est absent pour trois jours.

La semaine d’après, la police refuse derechef d’enregistrer la plainte. Comment doit-on expliquer cette non assistance à personne en danger ? La protection scandaleusement accordée aux petits dictateurs sans scrupules a complètement anéanti les victimes que leur propre directeur a considéré comme étant…coupables d’avoir défendu leur honneur et leur dignité.

C’est pourquoi depuis hier, mardi 18 février 2020, la section syndicales, à sa tête une femme digne et courageuse, appela à un rassemblement, reconduit aujourd’hui sur les mêmes lieux (mercredi 19 février), et prolongé jusqu’à demain (jeudi 20 février 2020) pour se tenir devant la wilaya afin de réclamer justice en prenant à témoin l’opinion publique.

Nous devons être nombreux à nous rassembler, hommes et femmes. Le collectif libre et indépendant des femmes de Bejaïa a déjà témoigné de sa solidarité en participant aux deux rassemblements des mardi et mercredi. Mais, en plus des collectifs de femmes, c’est toute la conscience des citoyennes et citoyens qui est interpellée face au drame que vivent les femmes victimes de violences multiformes, de harcèlements moraux, de préjugés moyenâgeux, de mépris, de misogynie, d’inquisition religieuse…Le système patriarcal, au nom duquel tous se droit légitime sont bafoués depuis des siècles et des siècles, est la raison principale de tous les maux que la femme subie.

Tant qu’on continuera à nous dire que ce n’est pas encore le moment de soulever toutes les questions relatives aux droits et libertés des hommes et des femmes dans notre pays, l’injustice abjecte continuera encore à faire des victimes. Les femmes continueront encore à payer le prix de nos indifférences et complicités coupables. Pensons aussi à l’enseignante de Biskra, la lycéenne ayant tenté de se suicider à Batna (T’kout) et à toutes les autres acceptant de souffrir dans l’anonymat pour nous épargner les tourments déchirants de nos culpabilités séculaires.

Kader Sadji