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Béjaia : On nettoie les cimetières

Les fidèles des différentes mosquées de la ville de Béjaïa ont pris part à une vaste opération de nettoyage qui a touché les cimetières de la ville et différents quartiers.

Cette opération, qui se poursuivra encore aujourd’hui pour se renouveler désormais chaque week-end, reste une première dans les annales de la société religieuse de Béjaïa pour cadrer avec les nouvelles orientations des pouvoirs publics quant à la déradicalisation des mosquées. Soutenue matériellement par les moyens de la municipalité, cette opération a ciblé le toilettage des cimetières de la ville et des quartiers, qui subissent l’incivisme au point de devenir des dépotoirs à ordures ménagères.
Les fidèles s’intéressent de près au cadre de vie et s’invitent pour l’améliorer à travers des actions volontaires et collectives, qui n’ont de valeur que d’illustrer le rôle important de ces institutions dans la société. Outre le discours et les prêches moralisants, les imams et la direction des affaires religieuses s’investissent dans un rôle jusque-là dévoué aux associations. Un rôle qui n’a de valeur que de ressusciter les traditions ancestrales de la société kabyle. Depuis la nuit des temps, la mosquée est considérée comme le point de chute de toutes les décisions d’intérêt général. C’est que la concertation se déroule et les différends se règlent. Le volontariat, valeur kabyle, a toujours été un moyen pour améliorer le bien-être collectif. L’action initiée hier, par les imams des mosquées de Béjaïa sous l’égide de la direction des affaires religieuses colle parfaitement avec la réalité sociale et l’islam tel que vécu depuis toujours par la société. Hier et encore aujourd’hui, les fidèles des mosquées de la ville ont retroussé les manches pour l’intérêt collectif dans une campagne qui s’inscrit dans le temps, donnant une toute autre signification au rôle de la mosquée, qui jusque-là s’articulait autour de discours moralisants et des quêtes de solidarité dans le cadre du «sandouk zakat». Aujourd’hui, les fidèles s’invitent dans d’autres actions autrement plus visibles. Ils donnent l’exemple par le geste pour changer toute l’appréciation faite autour d’elle depuis la décennie noire.
Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa avait dès son installation insisté sur l’importance du discours dans les mosquées dans l’orientation religieuse de la société. Les mosquées doivent être et demeurer, pour le peuple algérien, «un lieu de ressourcement de toutes les valeurs, loin des tentatives de mystification véhiculées par certains qu’il faudrait combattre pour maintenir l’unité du pays», avait-t-il déclaré. Cette politique se concrétise désormais pour un autre rôle encore plus significatif. Un rôle qui se rapproche peu à peu du temps où la mosquée d’un village kabyle mobilisait ses fidèles pour des actions de solidarité et d’entraide. La caisse du village est alimentée par plusieurs sources de financement qui relèvent de la finance solidaire et de l’éthique. Les cotisations obligatoires des villageois qui sont fixées par le comité du village et les dons et la zakat ont permis depuis toujours un rôle social appuyé par des volontariats réguliers pour le développement et l’aménagement de l’infrastructure du village comme les routes, les fontaines, les mosquées, les aires de jeux, les places publiques et les terrains collectifs. L’initiative des fidèles des mosquées de Béjaïa est, à ce titre, salutaire et appellent à d’autres actions pour redorer le blason de la mosquée telle que nos ancêtres l’ont conçue et pensée.

Arezki Slimani

Source : L’expression