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Béjaïa rend hommage à son terrible enfant, Saïd Mekbel

« C’est l’encre qui doit couler pas le sang «   est le slogan de l’association Azday Adel »san Amazigh (AAI)  qui organise une festivité sous le thème : la liberté d’expression  en hommage à Saïd Mekbel. 

Deux jours ( lundi 2 décembre et mardi  3 décembre) sont consacrés pour mener à bien la cérémonie qui abritera une  exposition,  ayant au menu une table ronde, des conférences, une pièce de théâtre ainsi qu’une  marche silencieuse programmée pour la matinée de la journée de mardi, l’habituelle marche hebdomadaire des étudiants  à laquelle s’ajoute l’aspect commémoratif de l’assassinat de l’illustre journaliste et chroniqueur, dont le nom est intimement lié à la liberté  d’expression, comme l’indique la place qui porte son nom. Cette marche qui  ébranlera du campus de Targa Ouzemmour, de la bibliothèque, portant aussi  le nom du défunt depuis 2008, jusqu’à la stèle érigée en sa mémoire, où un rassemblement sera  tenu afin d’évoquer la place qu’occupait cet homme, connu par ses innombrables valeurs morales dans la presse algérienne, dans la liberté d’expression, pendant la décennie noire,  le jugement de perpétuer son combat est la meilleure façon de lui rendre hommage.

Pour rappel le défunt est natif de la ville des Hammadites, Béjaïa, assassiné le 3 décembre 1994, à Alger, par des terroristes armés. Il avait bravé les interdits, menacé maintes fois, mais il  avait continué son chemin, celui de refuser l’ordre établi par les intégristes islamistes  de l’époque .

C’était un  journaliste de rigueur , billettiste de talent, chroniqueur de renom , directeur du journal francophone Le Matin, partisan de l’éradication de l’islam politique, il était l’une des plumes les plus engagées  notamment de cette période sanguinaire.

Son assassinat n’était pas différent de ceux  de nombreux autres intellectuels de l’époque, dont les assassins resteront inconnus et impunis et parfois même demeurent ni arrêtés ni jugés.

Né le 25 mars 1940, Saïd Mekbel était physicien, et avait travaillé comme ingénieur en mécanique des fluides à la Sonelgaz.  Dès 1963, il publiait des billets dans le quotidien Alger républicain qu’il abandonne puis  il reprend le journalisme en 1989, avec la reparution d’Alger républicain. En 1991, il intègre l’équipe du journal Le Matin, dont il prend la direction.                  Quotidiennement, il écrit sa chronique politique sous le pseudonyme de « Mesmar D’jha » (le « clou de Djeha », personnage populaire fictif).

Ce chroniqueur se savait en danger de mort, chaque soir, il n’était pas sûr d’arriver jusqu’à chez lui, puisque depuis le début de l’année 1993, étaient assassinés des intellectuels de toutes obédiences politiques. Il  saivat qu’il était  visé : il était, déjà, menacé en 1993 et échappa à un premier attentat en mars 1994. Il continuera néanmoins de se rendre quotidiennement au quartier populaire où il habitait  au siège de son journal. Il refuse de se cacher, alors que sa famille a quitté le pays.                                    Le jour même de sa mort, sa chronique l’exprimait :

«On tue un peu les témoins , on veut tuer ceux qui détiennent l’héritage de la civilisation universelle. C’est ce qu’on veut tuer. […] On a cherché à couper ceux qui avaient le pouvoir de transmettre (p. 30). […] Je suis convaincu qu’il y a quelqu’un qui choisit les victimes et que c’est un choix très motivé, très voulu, très conscient (p. 32)..

[…] Peut-être que les exécutants sont pris chez les petits tueurs islamisants, chez les intégristes. Mais moi, je pense qu’en haut, il y a des gens qui choisissent, ce sont des choix qui sont faits très froidement (p. 34). […] »  Au début, je me disais que c’était les intégristes qui tuaient. C’était facile. C’était confortable, c’était peut-être pas loin de la vérité. Mais plus on avance sur les assassinats, plus on réfléchit, plus on se dit que ce ne sont sûrement pas que les intégristes. C’est sûrement une mafia (p. 37). […] « 

« Si on me tue, je sais très bien qui va me tuer. Ce ne sont pas les intégristes, ce ne sont pas des islamistes, c’est une partie de ceux qui étaient dans le pouvoir et qui y sont toujours (p. 74). »

 A t-il ajouté dans le même sillage.

Le défunt était prêt pour mourir, il savait que la mort guettait ses pas, mais il ignorait d’où et comment se produirait-elle tant qu’il suivait ce chemin de l’opposition à cette politique islamiste, à ce mafieux pouvoir  qui chassait et éteignait, sans trêve, les étoiles de cette pauvre Algérie comme disait l’illustre Lounes Matoub.

Wahiba Arbouche Messaci /BéjaiaNews