8 décembre 2019

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Chronique d’une grève générale : Premier jour, premier test.

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Comment un vent de désobéissance dans l’air, des rideaux baissés, des portails fermés et des routes semi-désertiques. Cette grève générale vient nous rappeler sa précédente, celle du 10 mars dernier, qui a poussé le président Bouteflika à sortir comme il est entré : par la petite porte de l’histoire.

Mais cette leçon politique, car s’en est une, qui fera date, démontre le poids stratégique qu’ont les travailleurs dans leur action unitaire et leur capacité à se constituer comme sujet historique capable de faire basculer les rapports de force.

Le théoricien marxiste Daniel Bensaid, notre : « La politique n’a pas de temporalité linéaire mais une temporalité propre dont la crise exprime un temps brisé ». Cette bifurcation dans la linéarité historique s’exprime dans les moments le plus aigus de la lutte et dont la grève générale constitue le point nodal.

En France actuellement, comme durant « les journées révolutionnaires »en Équateur et au Chili dernièrement, des grèves générales qui rompent avec la légalité institutionnelle et les carcans des bureaucraties syndicales, ont fait vaciller le trône de leurs potentats.

Ce genre de lutte s’inscrit dans une confrontation globale des classes dominantes avec de larges pans des masses populaires et des travailleurs, ce qui lui confère son rôle éminemment politique.

Mais une telle grève se doit aussi d’être active, dans le sens d’une organisation qui donnent aux travailleurs et aux grévistes au sens large, la direction de leur lutte et sa conduite et donc sa reconduite, dans un processus qui permet d’amorcer une prise de conscience de leurs intérêts, qui découle de l’expérience de l’exercice politique et de ses contradictions, que les moments d’accélération d’histoire dévoilent de la manière la plus éclatante qui soit. Premier jour et jour test de la grève générale, la presse mentionne un large suivi à Bejaïa et relatif dans d’autres régions comme à Alger.

Ce qu’il y a de plus normal pour une région forgée dans une tradition de lutte, une grève générale l’est par son contenu et s’est tout à fait chimérique d’attendre le dernier ouvrier ou la dernière région pour y adhérer. Quoique pour éviter tout « spécifisme » qui pourrait éventuellement nourrir des courants réactionnaires, il convient de montrer l’exemple en jouant le rôle de locomotive dans un processus qui se veut national.

Que les travailleurs au niveau local débordent leurs bureaucraties syndicales et d’établir démocratiquement un programme d’action est la meilleure manière de tendre la main aux travailleurs des autres régions à faire pareil et de construire se rapport de force nécessaire pour faire barrage aux élections régénératrices du système du 12/12 et de le dégager une bonne fois pour toute.

Les travailleurs du port, l’ADE, NAFTAL, SONALGAZ, SONATRACH…etc, font l’expérience pratique de leur force et l’impératif d’une prise de conscience de leurs intérêts de classe qu’une telle grève permet si elle est organisée. Que le suivi de la grève, l’engagement et la prise de conscience politique soient différenciés, ce n’est pas tant le fruit d’une fatalité, mais le résultat intelligible d’une trajectoire historique et politique elle aussi différenciée.

La nécessité d’étendre la grève avec un programme commun d’action, voilà ce qui incombe comme tâche immédiate et qui ouvrira la brèche à l’horizon des possibles car, entendons-nous bien, la prise de conscience ne découle pas ni par une percée mécanique ni par démarche volontariste mais par l’expérience pratique de l’expérience politique.

Adlène Belhmer/BéjaiaNews

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