11 décembre 2019

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Chronique : Quatrième et dernier jour de la grève générale

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Le dernier jour de la grève générale a fait ressortir les griffes du pouvoir, dévoilant ainsi un avant goût de ce que va être la prochaine étape après le 12. Sentant la terre se dérober sous ses pieds et acculé par le mouvement de grève qui a touché pas mal de régions, le pouvoir fait sortir la matraque contre des protestataires pourtant pacifiques.

L’échéance du 12 est cruciale pour le système parce qu’elle garantirait une devanture civile au pouvoir de fait, bien que le nouveau président -mal élu- qui en sortira sera immanquablement dans la même posture que Bensaleh actuellement. Toutefois, le tournant vers la force brute du régime aujourd’hui n’est pas sans lien avec la grève générale qui a secoué le pays et démontre par la même un enseignement fondamental sur la nature de l’État en général et de l’État algérien en particulier.

Durant une période de paix sociale, l’État bourgeois se présente sous le costume d’une fausse neutralité, mais c’est en période de crise que son visage le plus hideux se manifeste de la manière la plus éclatante. Durant une période normale, l’État maintient ses rapports de domination sous le double mécanisme de la coercition (force brute qu’assure les forces régaliennes) et le consentement(que lui procure ses appareils idéologiques : écoles, médias…etc).

C’est cette combinaison qui permet aux classes supérieures de fabriquer un consentement social et donc leur hégémonie. Mais durant une période de lutte aigüe le rapport coercition/consentement se grippe et la bourgeoisie qui pouvait autrefois -dominer- et -diriger-, devient exclusivement dominante par la force brute et ouvre une période de crise en son propre sein. C’est ce processus que nous appelons « crise organique », notion forgée par le révolutionnaire italien Antonio Gramsci, et qui est aujourd’hui expressive des tendances qui structurent les rapports de pouvoir après le Hirak du 22 février et dont les élections de demain accélèrent la configuration. Le tournant répressif instauré par le pouvoir de fait depuis plusieurs mois, et confirmé aujourd’hui, aiguise la polarisant sociale et politique et ouvre le champ aux solutions musclées.

Revenons-en à la grève générale ! S’il est encore trop tôt pour en tirer les conclusions nécessaires qui relèvent du bénéfice de l’après coup, il convient tout de même de signaler un aspect qui n’est pas des moindres. L’absence d’un grand mouvement ou parti de la classe des travailleurs et portant leurs aspirations. Seul un tel organe fédérateur aurait permis d’outre passer la division de la classe ouvrière et d’affirmer sa capacité globale d’exprimer leurs intérêts vitaux et entraîne une élévation générale et importante de la conscience de classe. C’est cette unité d’action qui aurait permis de couper l’herbe sous les pieds des bureaucraties syndicales qui ont tout fait pour la limitation de la grève et sa jonction avec les autres pans de la société. C’est cette condition majeure, sinon décisive, qui a manqué pour construire l’unité organique du mouvement ouvrier pour permettre au Hirak de peser sur le rapport de force.

Enfin, quelque soit l’issue de l’échéance présidentielle, elle ne sera qu’une étape conjoncturelle dans un mouvement aux causes systémiques. Cette grève générale, bien limitée dans l’espace, a démontré la puissance des travailleurs, comme l’exprime un chant ouvrier :  » Toutes les roues s’arrêtent si ton bras puissant le veut ». Par ailleurs, le rôle traître des bureaucraties syndicales, matériellement intéressées, a freiné la dynamique expansive de la grève, malgré un effet de contagion qui commence à se faire sentir.

Certains aux idées démagogiques vont commencer à brailler sur un particularisme hypothétique, sans en expliquer les causes profondes du suivi différencié de la grève et dont nous avons essayé d’expliquer les aspects généraux. Car comme dit le philosophe : « toute science est superflue si l’apparence répond directement à la nature des choses ».

Adlène Belhmer/ BejaiaNews

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