10 décembre 2019

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Chronique : Troisième jour de la grève générale

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La grève générale s’installe avec des embryons d’organisation, encore insuffisants mais prometteurs. Des comités et collectifs se mettent en place comme agent conscient d’un mouvement qui s’exprime sur le plan de masse comme dynamique semi-consciente.

La marche du mardi, voulue estudiantine, a largement dépassé ce cap pour donner des allures d’un vendredi bis. Ou si on veut, une répétition générale de ce que va être le vendredi 13. À Alger comme ailleurs, les rideaux baissés suite à l’extension de la grève est le théâtre de ce troisième jour de grève générale. Cela confirme, à que veut voir, ce qui nous avions prédit dans notre dernière chronique.

Au demeurant, le fardeau pesant des bureaucraties syndicales agit comme une tendance lourde qui freine la dynamique expansive de la grève. Mais une telle volonté d’expansion ne doit pas se limiter aux articles de foi mais se doit de trouver des propositions concrètes et scientifiques de son élaboration. L’analyse des tendances objectives dans le comportement des organisations ouvrières de masse recoupe la recherche des garanties contre leur bureaucratisation et les déviations opportunistes. Une poussée de grève large ou une grève générale poussent les travailleurs à s’organiser en comité de grève ou piquet de grève, avec ou comme alternative aux syndicats. Instaurant, de fait, une dynamique de double pouvoir au sein même de l’entreprise qui tend à se coordonner à une échelle plus large. L’exemple finlandais de 1905, avec des comités de grève qui se sont exprimés à l’échelle national avec des prérogatives de pré-gouvernement, reste un héritage indélébile du mouvement ouvrier international.

Un tel cas de figure accélère le processus de décomposition du pouvoir d’Etat et le glissement de sa légitimité vers ces organes nouvellement créés. Cette combinaison dynamique qui tend à s’articuler avec les couches les plus larges de la population inhibe les éléments de contention, à la fois bureaucratique et coercitive, du pouvoir et s’inscrit pleinement dans la chute de ce dernier. Cette piste qui ouvre le chapitre d’une crise révolutionnaire est à suivre par le Hirak populaire pour ne pas seulement se contenter des remodelages de façade, mais pose les jalons d’un basculement de paradigme systémique de l’exercice du pouvoir et de son expression démocratique : l’initiative de masse directe, délitement de la barrière entre le législatif et l’exécutif…etc.

Mais ces comités ne doivent pas seulement être des répliques des expériences historiques du passé, aussi riches soient-elles. Mais doivent, par flexibilité de leur état, exprimer dans le fond et dans la forme la réalité qui les a vu naître. Au-delà du rôle qu’ils peuvent exprimer conjoncturellement -comme faire barage aux élections- ils constituent une base objective de type d’organisation sociale, économique et politique que nous aspirons à bâtir. En somme, une cohérence alternative au règne du pouvoir de fait qu’incarne au moment présent Gaid salah et ses relais.

Adlène Belhmer/BejaiaNews

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