Accueil / Actualités / Contribution de Nadia Agsous Journaliste/Écrivaine

Contribution de Nadia Agsous Journaliste/Écrivaine

Le Comité citoyen «Yennayer 2969» célèbre le nouvel an berbère à Béjaia Yennayer, symbole de Convivialité, du Faire, du Vivre ensemble et de «Thamousni»«Win yugaden Yennayer yella kra i-gessexser.”«Celui qui prend garde à ce qu’il fait, il n’a pas peur de Yennayer»

Les 11, 12 et 13 janvier 2019, le Comité citoyen «Yennayer 2969» de Béjaia célèbrera le nouvel an berbère 2969 sous le signe de la solidarité collective et intergénérationnelle, du Savoir et de la Connaissance. Cette fête ancestrale, populaire et païenne qui a des origines lointaines dans l’histoire de l’Afrique du Nord, est, depuis janvier 2018, décrétée jour férié et chômé en Algérie.

Pour fêter cet événement ancestral, le Comité citoyen «Yennayer 2019» constitué de particuliers et d’un groupement d’associations de la ville de Béjaia, en partenariat avec le Centre de recherche en Langues et Cutlures Amazighes de Béjaia et le Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques d’Alger (C.N.R.P.A.H), organisera une panoplie de festivités culturelles dont deux journées d’étude qui auront lieu les 11 et 12 janvier 2019 à la Bibliothèque de Béjaia.

Qu’est-ce que Yennayer ?
Yennayer, Premier jour de l’an Berbère
Fête de nature séculaire, Yennayer, connu également sous le vocable berbère de ««amenzou n’yennayer», correspond au premier jour du mois de la nouvelle année agraire chez les Berbères. De nos jours, il est fêté chaque 12 janvier du calendrier grégorien (calendrier universel). Dans son acception latine, le terme calendrier, «calendae», – «calende» en français-, renvoie au premier jour du mois chez les Romains.

Yennayer, mois du Renouveau
Yennayer, c’est «ixf u seggwas», le jour de l’an berbère; c’est «la porte de l’année», c’est-à dire «tabburt u seggwas», en berbère. A la lumière de cette définition, la porte peut être appréhendée comme une métaphore qui évoque l’idée du franchissement d’un seuil, du passage d’une année vers une autre, d’une saison ancienne à une saison nouvelle, de l’ombre à la lumière. «Adffgen iberkanen, akecmen imellalen», dit l’adage amazig pour illustrer le passage d’un cycle solaire aux journées «courtes» et «noires», au cycle aux journées «longues», «blanches» et ensoleillées.

A l’aube de cette journée chargée en symboles et riche en événements et en émotions, femmes, hommes et enfants, iront cueillir les jours porteurs d’espoir et d’espérance.
Abondance. Prospérité. Paix. Bonheur. Santé. Tels sont les vœux formulés à l’occasion de cet événement symbolique qui, depuis quelques années, se fête à travers quasiment tout le territoire national. En ce sens, Yennayer, symbole du Renouveau et du blanc, couleur positive, porteuse de bon augure et du changement, peut être conçu comme un liant dont la fonction est de rassembler les Algérien.ne.s autour de l’identité amazigh, socle de la composante identitaire algérienne.

Yennayer, vecteur de transmission du patrimoine
Tradition millénaire, longtemps négligée voire oubliée, le jour de Yennayer est l’occasion de mettre à l’honneur, de transmettre et de perpétuer l’héritage ancestral. Cette transmission permet, à moyen terme, l’ancrage, dans le tissu social et dans les représentations collectives, des us et coutumes associés à cette pratique culturelle et sociale qui participe de la consolidation de la mémoire collective commune.

Yennayer, symbole de convivialité et du vivre-ensemble
Il est de coutume de fêter Yennayer par des mets traditionnels préparés avec des ingrédients symbolisant l’abondance, la longue vie et la prospérité. Pour fêter l’arrivée des journées blanches et ensoleillées, les anciens sont sollicités pour transmettre leurs savoir-faire et les usages se rapportant à cette tradition. On s’invite. On échange des mets. On se réunit autour d’un plat. On mange. On déguste. On savoure. On apprécie. On raconte des histoires : «il était une fois, Yemma Yennayer…». On se remémore le passé. On se souhaite «Assegaz amegaz» (Bonne année). En ce jour de solidarité et d’unité nationale, «l’autre», c’est-à-dire le voisin, la voisine, le cousin, la cousine, l’oncle, la tante, l’ami.e, devient un.e pair.e avec lequel/laquelle on se rassemble autour de valeurs communes pour faire vivre le «goût» de soi, des autres et du vivre ensemble. Cette pratique rituelle culturelle est l’occasion de favoriser la rencontre, de promouvoir l’hospitalité et la convivialité, de sensibiliser à la solidarité collective et inter-générationnelle et à la diversité culturelle.

Yennayer, journée placée sous le signe de Thamousni (Savoir et Connaissance )
«Les paroles s’envolent, les écrits restent», dit l’adage. Yennayer est un capital culturel qui a survécu grâce à la transmission orale. Depuis quelques années, le patrimoine culturel immatériel amazigh fait l’objet de recherche scientifique. Cette démarche vise à combler le vide existant dans l’historiographie culturelle officielle. Elle permet de produire des travaux qui se focalisent sur une étape cruciale de l’histoire de l’Algérie et de donner des clés pour comprendre le passé, éclairer le présent et envisager l’avenir.

A Béjaia, à l’initiative du Comité citoyen «Yennayer 2969», en partenariat avec le Centre de recherche en Langues et Cutlures Amazighes de Béjaia et le Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques d’Alger (C.N.R.P.A.H), le jour de l’an berbère 2969, des travaux de recherche ayant pour objet la culture amazighe et Yennayer en tant que patrimoine culturel, vecteur de ressourcement et d’unité nationale, feront l’objet de deux journées d’étude auxquelles participeront des chercheur.e.s qui joueront un rôle important dans la transmission des savoirs et des connaissances auxquels il faudra impérativement intéresser et associer les jeunes générations. D’Algérie, de Tunisie, du Mali, du Sénégal, de Libye, du Burkina Faso, des chercheur.e.s, des universitaires, des ethnomusicologues, participeront à ces deux journées d’étude, multilingues et transnationales, durant lesquelles elles/ils exposeront leurs travaux et feront l’état de l’avancement de leurs recherches.

Perpétuer la tradition ancestrale dans la fête, la joie, l’espoir et le Renouveau. Promouvoir la transmission inter-générationelle de ce patrimoine culturel. Faire dialoguer le passé, le présent et l’avenir. Tel est le défi auquel nous invite et nous incite la célébration de Yennayer dans la ville de Béjaia qui en ce jour de fête nationale, prendra l’allure d’une immense scène où la Paix, la Prospérité, la Convivialité, la Solidarité, le Faire et le Vivre ensemble, le Savoir et la Connaissance, se côtoieront, se mêleront et s’entremêleront.
«Yennayer n’aime pas les conflits !», nous dit l’adage. Amdegger, ur t-ihemmel Yennayer !

Nadia Agsous Journaliste / Ecrivaine