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ÉLECTION 2019 : L’ après 5ème mandat en jeu !

On se tiraille au sein des hautes hiérarchies décisionnelles. Rien ne va plus, et chaque faction tente de tirer les marrons du feu. Si l’option de réengagement de Bouteflika pour un 5ème mandat se dessine de plus en plus, l’avenir politique de l’après Bouteflika semble ne pas faire consensus. Les derniers événements de la scène politique en attestent.

L’élection présidentielle de 2019 polarise le débat politique en Algérie. Les récents événements convergent tous vers cette échéance. Les appels pour « la continuité » de l’œuvre de Bouteflika suivis d’un ralliement des partis gravitant autour du pouvoir à l’option du 5ème mandat sont autant de manifestations pulsatives d’une feuille de route qui se dessine dans un autre étage. Le message de Bouteflika à l’occasion de la célébration du 1er novembre, utilisant un « nous » révélateur, pour désigner ceux qui vont conduire le pays après 2019. Un « nous » qui peut s’avérer fatal pour le devenir de l’Algérie, car il consacre le statut quo et enferme les forces dynamiques du pays dans une temporalité figée. Si les informations de ce qui se trame en haut lieu se filtrent en compte-gouttes et sont souvent contradictoires, les interprétations ne peuvent être que d’ordre spéculatif. Ainsi, les événements s’enchevêtrent et se diluent dans le flot constant d’informations que véhiculent médias et réseaux sociaux. Essayons de renouer la trame des événements :

1er étage : Affaire de 701 Kg de cocaïne.
Le 29 mai dernier, l’armée saisit 701 Kg de cocaïne au port d’Oran dans un bateau provenant du Brésil. Kamel Chikhi dit le Boucher, destinataire présumé de la marchandise est le principal accusé dans cette affaire. Une enquête s’en est suivie, mais dont les aboutissements ne sont pas prévus comme souhaités. La règle d’or de l’impunité dans ce genre d’affaire a été dérogé et l’enquête s’en est suivi jusqu’à toucher de « grosses cylindrées ». Fait impensable il y a peu, la présidence s’est permise de sacrifier le patron de la police le général El Hamel pourtant pièce maitresse de la carte de la succession. Un épisode qui rappelle le cas Khelil où la présidence a fait le choix de lâcher son ministre de l’énergie quand son dossier devenait trop encombrant. Les faits ne se sont pas arrêtés là. Si pour le cas El Hamel on pourrait penser que c’est le général-major Gaid Salah qu’il l’avait dégommé tant la frilosité entre les deux hommes était grande. Des arrestations en cascade se sont suivis avec le dégommage et mise sous mandat de dépôt du général Chentouf chef de la 1er Région Miltaire, Nouba Menad, commandant en chef de la gendarmerie nationale mais aussi Said Bey, chef de la 2e RM ainsi que le général Boudjemaa Boudouaouer, directeur des finances au ministère de la défense nationale. Ces deux derniers pourtant réputés comme étant les hommes de main de Gaid Salah. De part l’histoire récente de l’Algérie indépendante jamais une telle « opération main propre » n’a été mené de cette envergure hormis lors du coup d’état de 65 et celui avorté de 67. Une telle opération affaiblit grandement l’institution militaire qui était par le passé un organe Léviathan dans le pays. L’hypertrophie qui avait gagné l’armée semble donc avoir sa place que dans les récits d’histoire.

2ème étage : Crise au sein du parlement.
Au moment où tout semble être réglé comme du papier à musique pour le 5ème mandat, un événement inattendu s’est déroulé donnant la mesure de toute sa duplicité au pouvoir. Les députés de la majorité se sont mis en ordre de marche contre un président qu’ils avaient eux mêmes élu à la tête de l’APN. Said Bouhadja s’est vu passer sous les fourches caudines des partis de la majorité présidentielle (FLN, RND, MPA, TAJ). Se targuant d’un soutien de la présidence, d’autant que la constitution ne prévoit pas le mécanisme de sa destitution, Bouhadja refuse de démissionner et tenant tête aux députés menés par l’ex SG de l’APN Bachir Slimani.

Le bras de fer s’en est poursuivi jusqu’à ce que les députés frondeurs scellent carrément l’accès de l’Assemblée populaire. Dans la foulée, un journaliste d’ALG24 appartenant au groupe Ennahar est arrêté suite à un article qu’il avait rédigé assommant le sulfureux Bachir Tertag, patron de la DSS ex-DRS, de son manque de zèle pour mettre fin à l’embrouillamini qui secoue le palais de l’APN. Un méli-mélo qui ferait penser que Bouhadja appartient à un réseau lequel aboutit chez Tertag dont la caution pour le 5ème mandat n’est pas acquise et faisait même montre de réticence à une telle option. Derrière le désordre apparent et les prêchi-prêcha d’Ould Abbas SG du FLN se cachent donc des réseaux d’influence qui croisent le fer afin de tirer avantage à leur profit au moment où un large champ des possibles s’est ouvert.

3ème étage : la réalité sociale.
Au-delà du jeu du pouvoir. L’atmosphère sociale est gagnée par un sentiment de désarroi. Face aux luttes multiples dans les différentes régions du pays relatives à l’accès à la santé, à l’éducation et l’amélioration des conditions de travail, le pouvoir oppose une réponse brutale, mobilisant un dispositif coercitif inouï. La page où on pouvait acheter la paix sociale grâce à l’embellie financière que procurait la manne pétrolière est définitivement tournée. Dans l’origine de l’Etat, de la propriété privée et de la famille, Engels caractérisait l’Etat en une «institution d’une force publique qui ne coïncide plus avec la population et s’organisant elle-même en force armée. Elle se renforce à mesure que les contradictions de classes s’accentuent, à l’intérieur de l’Etat». L’Etat algérien répond pleinement à cette caractéristique.
Les récents scandales dévoilent de larges réseaux de corruption (les révélations du panama papers en attestent) centrés principalement dans l’immobilier, le foncier et dans les commissions en charge d’attribution des marchés aux entreprises privées, flanqués d’un marché parallèle s’accaparent presque la moitié de l’économie. Des énergumènes qui se sont enrichis grâce à la mamelle de l’état se sont érigés en une bourgeoisie compradore, amassant des fortunes en dilapidant les deniers publics. Les subventions obéissent à une logique de clientèle plus qu’à une distribution sociale ciblée et l’évasion fiscale s’élève à 300 milliards de dinars. Autant d’élément qui alimentent un désarroi social qui s’exprime souvent dans le désordre tant il n’est pas canalisé politiquement.

Les partis dit de gauche qui conserve une certaine influence au sein des couches populaires sont les courants qui ont des liens historiques avec le populisme (le Front des Forces Socialistes, construit autour de la personne charismatique qu’est Hocine Ait Ahmed mais dont les réflexes du zaimisme perdurent) ou ont développé certaines accointances avec celui-ci (Parti des Travailleurs, parti de tradition lambertiste).
Un réel parti de classe des démunis et de la classe ouvrière manque cruellement pour faire face aux multiples défis qui pèsent sur le pays : Favoriser l’investissement productif pour en finir avec le système d’import-import érigé en modèle jusque là, imposer un contrôle démocratique à la distribution des fonds publics et mettre fin à la corruption et au pillage du patrimoine national, lutter contre les préjugés néocoloniaux qui commencent à se développer, préserver la souveraineté nationale des injonctions impérialistes…etc

Adlène Belhmer.