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Élection : Kamel Aissat, tête de liste APW du PST, dévoile ses aspirations.

La liste APW du Parti Socialiste des Travailleurs (PST) portée par Aissat Kamel, un inconditionnel des luttes ouvrières et des masses populaires marque sa présence pour la prochaine bataille électorale, sans la moindre illusion électorale précise-t-on. Porte-voix des opprimés et des avilis que le capitalisme enfonce de plus en plus dans un devenir incertain, et d’autre part produit des couches parasitaires qui se targuent d’une opulence insolente. Monsieur Aissat, un syndicaliste de la première heure, nous parle du projet politique qu’il souhaite incarner.

 Béjaia News : Face à une impasse politique, économique et sociale qui s’éternise d’une part, et les pseudo-réformes des gouvernements successifs tous appliquant « le programme du président » d’autre part, de larges pans de la société  subissent la crise de plein fouet. Que peut apporter le PST, qui saisit cette parenthèse électorale ?

Aissat Kamel : Le PST à travers sa participation à ces élections locales du 23 novembre 2017, a pour objectif primordial de dire à la population de la wilaya de Béjaia, qu’une autre politique est possible au niveau local, qu’une politique basée sur les besoins sociaux de la population est réalisable, qu’il est possible d’utiliser les espaces institutionnels qu’ils soient APC ou APW pour aider à la construction du rapport de force politique pour imposer un changement dans la définition des priorités, et dans le développement local en général. C’est le premier aspect du sens de notre participation. Dans ces élections du 23, le PST sera présent à Béjaia par une liste APW que moi-même je mène, cette liste a comme ambition d’expliquer et d’apporter un éclairage sur la situation politique au niveau national, mettre la lumière sur l’état des lieux et sur la nécessité de résister avec une grande partie de la société face à la remise en cause des tous les acquis du mouvement social y compris ceux du mouvement national. Que ce soit au niveau de la santé, de l’éducation, de l’environnement, sur les questions de désindustrialisation du territoire, que ce soit sur les questions particulièrement de développement de la mafia locale qui est en train de mobiliser le débat au niveau de notre wilaya, nous disons qu’il est possible d’avoir un autre son de cloche, et qu’il est possible de construire un autre mouvement social à même  d’imposer le changement. Le PST a comme ambition dans la liste APW  d’apporter un éclairage sur les enjeux du moment, de montrer la voix aux masses populaires, parce que seules les masses populaires organisées sont en mesure de faire barrage aux politiques de régression libérales en cours.

Béjaia News : D’emblée, votre liste subit un premier affront de la part de l’administration, qui rejette le dossier de votre camarade Chabane Bennani. Qu’est-ce que vous inspire cette manœuvre de l’administration ?

Aissat Kamel : Au fond ce n’est pas le premier affront, mais précisément le troisième. Le premier qu’on ne peut pas taire c’est la loi organique de 2012 qui ferme le champ politique et exige aux partis politiques de même qu’aux indépendants de ramasser des signatures. Le deuxième en amendant leur loi qui est déjà inique et anti-démocratique qui interdit au PST qui avait obtenu 6,80 % des voix en 2012 de présenter des listes dans toutes les wilayas, alors qu’ils ont permis à des organisations avec dix élus au niveau de l’APC d’être exempt de ses parrainage au niveau des 52 communes. Le rejet du dossier de notre camarade Chabane Bennani est très grave, parce que l’administration se permet de priver un algérien de son droit civique, l’administration à l’origine manipulait les chiffres, fraudait les élections, ils ont franchi un autre cap désormais, ils veulent choisir carrément ceux qui vont les concurrencer sur le terrain électoral. Les règles sont anti-démocratiques, maintenant ils se permettent de les choisir ! C’est dans ce cadre que rentre le rejet du dossier de Chabane Bennani. Il faut notamment préciser que ces élections ont une portée nationale importante car interviennent dans un contexte de succession au président actuel, un contexte cristallisé donc par une guerre entre les différentes factions au pouvoir, et les différentes factions oligarchiques quelque soit leur clan, que ce soit ceux qui s’apparentent au FCE ou ceux qui s’apparentent au clan Rebrab, ce sont deux factions oligarchiques qui se bagarrent avec ce qu’on appelle classiquement la bureaucratie bourgeoise liée à l’armée particulièrement. C’est dans ce contexte qu’intervient cet assainissement, cette tentative de désinfecter, de rejeter toutes les listes issues du mouvement social, issues du mouvement associatif, et de ceux qui se sont confrontés à l’administration que ce soit les chefs de Daira ou le Wali. Si le dossier de notre camarade Chabane Bennani a été rejeté c’est seulement pour son activité militante au côté de tous nos camarades au niveau de Chemini, auprès de la population pour son raccordement au gaz de ville au détriment de l’obstination du chef de Daira et du Wali. Voici la raison essentielle du rejet du dossier de notre camarade. C’est  un acte anti-démocratique. Faudrait-il préciser qu’en Algérie, on vit depuis deux ans une régression importante de nos acquis démocratiques, les acquis d’Octobre 88, nos acquis d’avril 80, et c’est ce que nous subissons aujourd’hui ?

Béjaia News : Votre parti est réputé pour être le porte-voix des travailleurs et des masses populaires, qui agissent sur le terrain des luttes. Ou en est le combat de cette classe et ces couches sociales au niveau de la wilaya de Béjaia ?

Aissat Kamel : Le combat du PST est politique, ce n’est pas le PST qui lutte au quotidien pour les revendications immédiates des travailleurs dans les usines, les travailleurs de la fonction publique ou bien des masses populaires dans les villages ou les communes de la wilaya de Béjaia, mais le PST c’est le porte voix et l’expression politique de toutes ces luttes. Cette phase où nous observons quotidiennement des luttes dans les entreprises publiques et privées, des luttes dans beaucoup de communes de Béjaia y compris le jour d’ouverture de la compagne électorale, il y a eu la marche des éboueurs à Souk el Tenine et ailleurs pour des conditions de travail dignes, le PST a comme ambition politique d’aider toutes ces luttes, de leur donner un sens politique et à construire politiquement leurs convergences, le programme du PST c’est le programme porté par les revendications de toutes les luttes quotidiennes, que ce soit a Aokas pour les libertés démocratiques au niveau du café littéraire, que ce soit dans la commune de Chemini pour le gaz de ville, que ce soit dans la commune d’Amizour pour la gestion des déchets, que ce soit dans d’autres communes de la wilaya pour l’électrification et pour tous les besoins sociaux élémentaires aujourd’hui. C’est donc ça notre rôle politique. Y a-t-il un lien entre ses luttes et notre conception de classe ? Evidemment, c’est la classe des travailleurs avec les chômeurs, ceux qui habitent dans les quartiers populaires, les paysans, en un mot les démunis, c’est ceux là qui revendiquent le droit d’avoir un espace propre, le droit à un air pur, c’est le combat de classe aujourd’hui. Le combat de classe aujourd’hui n’est pas exclusivement idéologique, c’est un combat de classe réel avec des revendications quotidiennes, ce sont ces revendications quotidiennes que nous essayons à travers cette campagne électorale et le travail de mobilisation de donner une traduction politique, c’est comme ça qu’on va construire le parti de classe, le parti de la majorité du peuple.

Béjaia News : Béjaia concentre les luttes sociales ces derniers temps, on l’a vu avec la marche du premier mai, les rassemblements récurrents des différents syndicats, l’épisode du café littéraire d’Aokas…etc. Comment le PST contribue-t-il à ces différentes mobilisations ?

Aissat Kamel :   Le PST dans les différentes mobilisations populaires ne se met pas au devant de la mobilisation sociale par définition, parce que nous considérons à la base que le changement attendu par les masses populaires, le changement voulu, ne viendra que par la mobilisation des masses populaires dans la construction d’un rapport de force politique et social, c’est pour cela que dans ses élections à Aokas, nous avons préféré mettre une liste issue du mouvement social au détriment du sigle « PST », car le PST n’est nullement une fin mais plutôt un moyen, voilà comme premier aspect. Dans les mobilisations que vous avez citées, et beaucoup d’autres aussi au niveau de la wilaya que ce soit à Tazmalt, à Akbou ou à Kherata pour les besoins sociaux élémentaires, dont le PST a contribué en apportant son soutien politique, mais aussi surtout en les aidant par des propositions concrètes, à dire qu’il est possible d’arracher des projets au niveau local ou au niveau de Béjaia, l’exemple qui est le plus marquant c’est le raccordement de deux Daira au gaz de ville qui n’étaient pas inscrites à l’origine dans la tranche, qui par une mobilisation de plusieurs mois a permis une inscription exceptionnelle et a permis le déblocage des budget spéciaux exceptionnels, non seulement à la commune de Chemini initiatrice du mouvement mais à toutes les communes de Daira d’être raccordées parce qu’il y a eu jamais un troisième plan de raccordement de gaz comme ç’a été dit par certaines parties liées à l’administration. Donc le but de PST est d’être au côté des masses populaires, il ne va pas se substituer aux luttes des travailleurs et des masses populaires, mais il va les accompagner politiquement pour qu’ils puissent leur donner une convergence politique.

Béjaia News : Quand bien même l’option politique de votre parti, à savoir « un front antilibéral et anti-impérialiste » est on ne peut plus d’actualité, au moment où le rouleau compresseur qui remet en cause les acquis démocratiques fonctionne à plein régime. Les courants de gauche qui portent ce combat, n’arrivent pas à surgir la tête de l’eau. Quelle lecture en faite vous ?

Aissat Kamel  : Les mouvements progressistes au niveau mondial connaissent un recul, les forces de l’argent au niveau mondial, ce sont elles qui gouvernent le monde plus que jamais, que ce soit aux Etats-Unis, en France ou ailleurs c’est un rouleau compresseur qui est mondial. La succession en 2019  va être dictée par les puissances impérialistes. Aujourd’hui, en Algérie, on assiste à des attaques frontales contre les acquis des travailleurs, les acquis sociaux et démocratiques, j’ai fait allusion à cette régression précédemment. Le PST aujourd’hui est dans le front de résistance qui doit regrouper toutes les forces de progrès en Algérie, pour imposer  le droit à la santé, le droit au logement, le droit à l’emploi, et le refus à la marchandisation du savoir…etc. Ces forces existent et agissent, mais d’une manière éparse, elles agissent dans les fermetures de routes qui sont quotidiennes au niveau national, elles agissent dans les grèves récurrentes dans la fonction publique, elles agissent dans les luttes des travailleurs de SONACOM ou d’ailleurs contre les projets de privatisations qui sont réels, elles agissent à Béjaia contre le transfert du foncier au profit d’une mafia locale qui a commencé avec le UP8 ex-SOGEDIA qui est devenue un centre de conteneurs, elles commencent avec le lieu d’habitation à Lacifa aux portes de Gouraya. La résistance est réelle, le rôle du PST et de ceux qui se réclament de la gauche c’est d’abord de construire une convergence de toutes ces luttes et de leur donner un programme à même d’unifier toutes les idées et luttes pour résister dans un premier temps à cette contre-offensive qui ne fait que commencer de la part de la bourgeoisie algérienne représentée par oligarchie, que ce soit du FCE ou du clan de Rebrab, et de l’impérialisme représenté en premier lieu par la France et les Etats-Unis qui soutiennent le régime. Au peuple que nous sommes aujourd’hui, l’alternative c’est un front de résistance unitaire démocratique, antilibéral et anti-impérialiste.

Interviewé par Azzedine AIDOUNE/BéjaiaNews