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Élection présidentielle 2019 : Mode d’emploi

L’ossification caractérisée qui frappe la scène politique, depuis l’annonce de la candidature de Bouteflika, met le personnel politique tant du côté du pouvoir que celle de l’opposition, dans une pente raide.

Les réseaux sociaux et les stades tendent à devenir les vecteurs de cristallisation de la dynamique anti 5ème mandat.

L’esprit contestataire prend le pas devant la formulation politique, d’une vision qui rompt avec les formules réductrice, des uns et le catastrophisme des autres.

Le propre d’une analyse tronquée est, de traiter des formes institutionnelles en occultant la nature sociale du régime algérien, ce qui ne rend pas compte des vrais enjeux et fait l’impasse sur les contradictions réelles du pouvoir.

C’est sous la loupe de l’analyse sociale à long cours du pouvoir, que convient d’inspecter ces prochaines élections.

Du véritable sens des élections à venir :
Le virage libéral entamé par Chadli Benjdid (communément appelé El Infitah) a propulsé sur la scène politique un conglomérat d’oligarques, qui ont fait du marché algérien  une juteuse destination commerciale. L’économie édificatrice et productive a laissé place à une économie de bazar, axée sur le l’import-import.

Les échecs répétés de la privatisation, dont El Hadjar constitue l’exemple le plus tangible, ont dévitalisé la sphère productive et l’apparition du transfert illicite de devises. L’industrie est devenue le parent pauvre de l’économie algérienne et une forte dépendance, aux hydrocarbures vient répondre à la demande de consommation de plus en plus forte.

Ce modèle de démantèlement libéral qui a été mené au pas de charge depuis Chadli et accentué sous l’ère de  Bouteflika, est souvent sujet à des recompositions et un repositionnement des intérêts économiques et politiques et l’extension des positions du capital, tant du privé national que des multinationales étrangères.

Les élections d’avril 2019, s’inscrivent dans ce cadre de repartage du pouvoir politique, entre les différents blocs sociaux dominants avec les oligarques, liés directement au pouvoir (FCE/Bouteflika) et ceux qui sont exclus du centre de décision politique (Rebarab /Ghediri). Cette chorégraphie d’arrière boutique, d’alliances et des chants de ralliements viennent répandre l’objectif de conforter les privilèges, mal acquis et tirer quelques autres bénéfices supplémentaires au prix d’une lourde facture pour les plus dominés au moment d’une conjoncture économique atone.

L’impasse de manichéisme réducteur :
L’annonce du 5ème mandat a sonné comme un affront de trop pour de larges pans de la société. Aussitôt, des réactions presque spontanées ont fleuri au niveau du territoire national non sans poser un dilemme qui doit interpeller au plan politique. Travers répétitif du discours dominant et conforté par les médias mainstream est de réduire le débat politique à des considérations de personnes. Ainsi le rejet de candidature du système en place sonne « objectivement » comme un appel de pied d’allégeance à l’autre camp (Ghediri et consort), dont les orientations économiques et sociales ne différent nullement de celles du bloc social dominant, sinon aux rythmes des privatisations à mener. Cette vision bipolaire restreinte laisse dans l’ombre la question fondamentale  du système social du pouvoir et la dynamique des luttes sociales au niveau de la société. Poser le débat en termes de configuration structurelle de l’économie politique permet de faire l’économie sur les artifices d’ego et des considérations superficielles des formes institutionnelles en soi.

Entre l’allégeance servile et la contestation sans lendemain :
Longtemps resté en suspens par la sphère dominante, la question du 5ème mandat est le miroir malgré elle de la difficulté du pouvoir à substituer à Bouteflika un autre homme providentiel qui ferait consensus en faisant office d’un Bonaparte pour assurer l’équilibre entre les différentes factions du bloc dominant du pouvoir. Le président dans un système de nature bureaucratique est le garant, s’il en est, de la machinerie de pillage du patrimoine national par les différents oligarques qui se sont greffés au centre de décision politique. Cette posture omnipotente du président explique l’allégeance servile des divers composants du cercle présidentiel dont l’épisode de la Coupole constitue le vaudeville le plus cocasse.

La réponse à cet ultime affront que constitue le 5ème mandat s’est exprimée d’une manière spontanée sur tout le territoire national (Kherata, Khenchela, Batna, Béjaia…etc). Ce levé de bouclier marqué d’une empreinte anonyme, véhiculé par les réseaux sociaux est l’expression latente, d’un rejet plus étendu motivé par les inégalités de plus en plus croissante et un pillage en règle des richesses nationales. La structuration et la canalisation politique de ce rejet est la tache à venir des acteurs politiques au profit des masses laborieuses pour s’arracher de la quadrature du cercle de la contestation sans lendemain.

Adlène Belhmer