6 août 2016

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La figue de Beni Maouche désormais exportable !

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La haute vallée de la Soummam est connue pour ses olives et ses figues, deux produits du terroir qui font la fierté de toute la Kabylie.

Pour appuyer notre analyse, nous reviendrons un peu en arrière. Durant la colonisation, ces deux produits sont exportés vers la métropole par des docks agroalimentaires qui pullulaient à Seddouk, Sidi Aïch, Tazmalt, pour ne citer que ces trois.

L’huile de Seddouk aurait même été exportée en Amérique, suivant l’information colportée de bouche à oreille, de génération en génération. Les communes situées en haute montagne comme Beni Maouche sont encore ancrées dans cette tradition en faisant de la culture du figuier leur gagne-pain. D’ailleurs, les producteurs de figues de Béni Maouche, après l’indépendance, continuaient à pratiquer cette culture en la travaillant avec des moyens dérisoires, écoulant leurs productions en vrac.

Pour faire connaître leurs produits, ils ont créé la fête de la figue qu’ils organisent chaque année à la fin de la campagne de la figue depuis une quinzaine d’années. Des échanges ont eu lieu entre des producteurs de Béni Maouche et ceux des régions de France. Certains producteurs de Beni Maouche sont allés même suivre des formations à Montpellier où ils ont acquis des techniques de transformation. Avec une multitude de produits de transformation créés, ceux qui visitent les fêtes de la figue en savent quelque chose, se disent même gâtés de par cette diversité où l’on retrouve des jus, des gâteaux, des confitures, des hors-d’œuvre, des plats de résistance, etc. Trouvant la figue de Beni Maouche de bonne qualité, les Européens ont commencé il y a deux ans à s’y intéresser en travaillant sur sa labellisation.

Les experts européens engagés dans l’opération de labellisation sont venus plusieurs fois à Beni Maouche pour des visites sur le terrain et ont tenu des conférences avec les producteurs locaux pour les écouter en prenant note de leurs difficultés tout en leur prodiguant des conseils. Le dossier de la labellisation a reçu l’agrément du ministère de l’agriculture, ce qui ouvre droit aux producteurs de figues d’exporter leurs productions vers l’étranger. Cette bonne nouvelle a réjoui les producteurs de figues des 11 communes de la wilaya de Bejaïa concernées par cette labellisation et 11 autres communes Berbérophones de la wilaya de Sétif. Ces exportations se feront dans un premier temps vers l’Asie et l’Amérique. Lors de la dernière réunion à laquelle ont pris part les différents acteurs de la filière concernés de prés ou de loin, la DSA a tenu à préciser que toutes les productions et variétés seront exportées sous le label «Figue de Béni Maouche».

A travers l’exportation de la figue de Kabylie, c’est toute l’économie algérienne qui se relève. Les pouvoirs publics ont fait le nécessaire car, aux côtés de la figue de Béni Maouche, il y a deux autres produits agricoles du terroir qui ont reçu leur label. Il s’agit de la date de Biskra et de l’olive de table de Mascara. Revenons à notre sujet. La campagne de cueillette de figues vient de commencer avec l’apparition de quelques figues mûres. Dans quelques jours les citoyens vont commencer à rentrer avec des paniers pleins de figues à la maison. La fierté de tout Kabyle, durant cette période, est la suivante : quand vous êtes son invité ou simple visiteur, il vous présentera des figues à déguster, un fruit qui ne manque jamais dans les foyers. Sinon il vous invitera carrément à l’accompagner au champ pour les cueillir vous-même et les déguster sur place.

Deux destinations projetées : l’Amérique et l’Asie.

La campagne est synonyme de joie car les familles disposent d’un fruit diététique dans leurs jardins ou leurs champs, à moindre coût, cueilli tout frais, dénué de risques d’intoxication quand il est bien lavé ou épluché. La figue fraîche va battre son plein jusqu’à fin août pour qu’ensuite la figue sèche rentre en lice. Comme l’usage du mulet se raréfie et que ce ne sont pas tous les habitants qui en possèdent, la plupart vont au champ à pied. Ils évitent les chaleurs de la journée, donc ils sortent dans les champs le matin ou l’après midi et ils rentrent toujours avec deux paniers, l’un rempli de figues fraîches qu’ils ramènent à la maison, l’autre rempli de figues sèches qu’ils dirigent à l’endroit appelé «Tarha» où ils les étalent sur des claies appelées «Tadhkant» pour leur séchage. Les plus nantis cultivent même le vignoble d’où ils tirent des raisins de bonne qualité. La fin de la campagne survient aux alentours du début Octobre.

Venons-en maintenant aux difficultés. Le territoire de Kabylie est fortement abrupt auquel s’ajoute la parcellisation de terres où les exploitations sont formées de petites parcelles éloignées l’une de l’autre. A certains endroits, la mécanisation n’y accède pas et les propriétaires travaillent avec des moyens traditionnels tels que l’usage des bœufs et piochage qui s’avèrent coûteux avec 6.000 Da la journée de labour de 6h et 2000 Da le salaire journalier d’un ouvrier. Certaines communes n’ont pas ouvert de pistes agricoles ou ne les entretiennent pas quand elles existent. Cette négligence décourage les producteurs. Parfois les travaux d’ouverture d’une piste agricole butent sur des oppositions, parfois même par celui ou ceux qui ont signé un engagement de laisser passer la piste à travers leurs champs. Le figuier est un arbre vulnérable qui nécessite un entretien chaque année, contrairement à l’olivier qui résiste bien et, même sans être bien travaillé, il donne des fruits.

L Beddar / DDK

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