17 octobre 2020

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La fille du dramaturge Abdelkader Alloula témoignage sur les exacerbations policières

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C’était le 08 octobre 2020 lors d’un sit-in à Oran. Ce n’était ni une marche, ni une manifestation. Il n’y avait ni pancartes ni slogans. Juste quelques personnes sensibles au sort de Chaïma, jeune fille torturée, violée, brûlée. Un simple recueillement, humain, citoyen.

A peine arrivés, des policiers commencent à embarquer les gens. Deux jeunes femmes en civil me surprennent par derrière, m’attrapent chacune par le bras, me poussent à monter dans le fourgon. Ne voulant pas laisser derrière moi ma mère de 70 ans, et n’ayant aucune envie de monter dans ce fourgon pourri, je fais de la résistance. C’est là qu’elles deviennent enragées. Elles me tirent, me trainent, me prennent par la nuque et me crient à l’oreille « Monte Rabbak !! ».

Dans le fourgon, je ne suis pas seule. Médecin, psychologue, avocat, journaliste, enseignant… tous traités comme des criminels alors que les vrais criminels circulent encore en toute liberté.

J’ai passé 04 heures au commissariat à me demander si c’est pour ça que mon père a donné sa vie. Dans ma tête tout se bouscule. Je replonge dans les années de sang, les 200.000 victimes oubliées, les terroristes amnistiés, l’Algérie décervelée, et je me dis que toute cette violence est le fruit certain des crimes impunis.

Je ne pensais pas qu’en allant à ce recueillement j’allais subir une telle agression. Je ne pensais pas que le pays que j’ai refusé de quitter allait un jour me le faire regretter. Je ne pensais pas que les minettes qui m’ont violenté seraient insensibles au sort des femmes violées. Je ne pensais pas que l’Algérie nouvelle serait bien pire que l’ancienne. Mais j’aurais tant aimé que l’amour l’emporte sur la violence, le savoir sur l’ignorance, le courage sur le silence.

Je m’appelle Rihab ALLOULA, je suis algérienne et je refuse de vivre dans le déni. J’ai toujours marché la tête haute et je compte bien continuer. Et si vous voulez que je m’incline c’est sur mon corps qu’il faudra marcher.

Rihab Alloula, fille du dramaturge Abdelkader Alloula

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