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na cherifa

La genèse de la voix féminine d’expression Kabyle: Pour que nul n’oublie nos premières chanteuses !

Les débuts de la voix féminine Kabyle… Des voix qui avaient su traverser le temps après avoir dépassé tous les interdits, et défié la société. C’était des remparts qui les séparaient du monde mais elles s’étaient imposées et avaient triomphé pour découvrir ce dernier, et puis leur volonté n’avait pas de limites.

On ne peut parler de la genèse de chant féminin sans évoquer le trio de l’histoire de la chanson féminine Kabyle à savoir les trois femmes de fer , lla Ounissa, Lla Yamina et Lla Zina, elles ont été, malheureusement, éclipsées sans pour autant que leur  » acawiq » ait été sauvegardé ni enrichi. Pourtant, elles en sont pionnières. Parler de ce trio d’or c’est aborder Mme Lafarge, une autre dame , l’épouse d’un commandant français qui s’était installé à Akbou , les débuts des années Trente, qui fréquentait les cercles féminins des  » ourar » à l’occasion des fêtes familiales, elle adorait ces voix , ces tonalités inspirant la tristesse, la misère et le manque, même si la langue, au début, lui faisait défaut , mais les sentiments y étaient intenses Là rencontre de cette Française avec le trio avait eu lieu à Alger,et c’était son insistance pour que cette voix soit promue qui avait donné naissance à la première antenne radio Kabyle , portant son nom, la station de Mme Lafarge ouverte en 1937 , dans les sous-sols de la salle Pierre Bordes , l’actuelle Iben khaldoun, un espace intime, fermé spécifiquement féminin et dans l’anonymat absolu. « Nous finîmes par accepter et nous partîmes à minuit » avait avoué Lla Yamina, une Akboucienne, orpheline élevée par son oncle maternel à Alger. La crainte et la peur étaient deux sentiments qui s’emparaient de ces trois femmes, et qui ne les séparaient jamais, pour une dizaine d’années jusqu’à l’ouverture de l’émission de langues arabe et Kabyle où l’évolution était marquée par l’avènement de fameux cheikh Nordine à la radio, après 1938 en constituant un orchestre, car chez Madame Lafarge, elles émettaient seulement les voix nues dans le genre  » achouiq » une tradition villageoise.Mme Lafarge s’étant frottée à la langue Kabyle intègre, alors , elle même la troupe sous le pseudo de Lla thasaadite et d’autres femmes furent ramenées telles EL Djida thamoukrant, Cherifa, Djamila, khadoudja puis Hnifa, Ourida, Anissa, qui ne chanteront plus  » achouiq  » comme leurs aînés, plutôt des chansons orchestrées aux thèmes consistant du sens très poussé, des chansons décrivant fidèlement leur condition féminine, leur vécu, leurs misères, l’abandon , le manque et tout ce qui touchait le fin fond de chacune d’elles.ces chansons insufflées par cheikh Nordine et Mustapha Skandarani et des chefs d’orchestre imerites ainsi que le musicologue Iguerbouchen.

Ces divas avaient su démontrer la force de leur caractère malgré leur situation , au détriment de toute contrainte , elles avaient exprimé leur soif à l’émancipation, au changement, malgré leur illettrisme, elles avaient pu convaincre et avaient triomphé, en transmettant leur unique message tout en opérant le bon choix de mots. D’où avaient elles puisé leur force ? Si ce n’était la faim qui enseignait les humains, qui les orientait vers le changement, l’amélioration et l’évolution.

Wahiba Arbouche Messaci/BéjaiaNews