Accueil / Actualités / L’élite algérienne face au mirage du dialogue /Mourad Bouaiche

L’élite algérienne face au mirage du dialogue /Mourad Bouaiche

Certaines élites, juste après la mascarade électorale, se sont empressées de déclarer que s’en est fini du Hirak, que cette « élection » met à l’ordre du jour de nouvelles donnes lui imposant inéluctablement de courber l’échine dans le sens d’un « dialogue » avec ceux qu’il a combattus et continue de combattre à ce jour.

Cette position mérite une interprétation politique, car elle n’est ni fortuite, ni d’ailleurs liée à la conjoncture ouverte par cette élection théâtrale. En fait, cette position est vieille et remonte à la naissance même du Hirak.

Ces élites, rompues au jeu des tractations et équilibres entre les différentes fractions composant le pouvoir réel par lequel elles se procurent quelques privilèges et miettes de pouvoir, sont extrêmement menacées par un mouvement populaire remettant dangereusement en cause le système qui entretient ce jeu.

Du coup, ne pouvant contredire ce formidable élan de lutte des masses, ces élites ont choisi, durant tous ces mois, de cajoler le Hirak en attendant âprement le moment opportun pour déclarer que la « folie » populaire est arrivée à sa gare finale. Place, à présent, à la raison qu’impose le « réalisme » d’une élection comique qui impose, elle-aussi, d’une façon quae vitari la finalité du « dialogue ».
On peut même entendre çà et là que le Hirak est vaincu, car l’état-major militaire a « su faire passer sa feuille de route ».

Ainsi, malhonnêtement, ce qui s’apparente dans le fond et la forme à un cuisant échec de l’état-major militaire est transcrit au registre de ses victoires. Un pouvoir victorieux n’aurait pas eu recours à toute cette lamentable mascarade pour faire passer son candidat au risque même de se fracturer. Un pouvoir ayant vaincu le Hirak n’aurait pas eu recours à toute cette ridicule gymnastique.

Objectivement, le Hirak a battu l’état-major militaire sur toute la ligne.
1) Il a détruit tout l’arsenal édifié en vue de la tenue de cette mascarade électorale. Il a détruit les bureaux de vote, empêché les prises de paroles publiques des candidats, les a chassés de partout. En un mot, il a réduit matériellement et politiquement à zéro toute la préparation électorale.
2) Le jour du vote, le Hirak a simplement annulé l’acte de vote. En réalité, cette élection n’a pas eu lieu.
3) Aujourd’hui, le Hirak s’emploie énergiquement à empêcher l’intronisation de l’indu-président. Politiquement, ce dernier est déjà enterré. Il est déjà destitué.

Alors, au moment où tous les indices désignent le Hirak vainqueur dans son conflit avec l’état-major militaire, ces élites s’effondrent et capitulent lâchement. Elles s’abaissent à la reconnaissance de cette mascarade électorale, de cet indu-président et, par dessus tout, se suicident avec ce désaveu de toute la lutte glorieuse et victorieuse du Hirak.

Terrifiée par les premières contestations des masses populaires, dans leur fameuse Rue, de l’offre de dialogue « offerte » par l’indu-président, ces élites se sont empressées à apporter des explications toutes aussi « savantes » qu’inconsistantes. Il y aurait une différence entre « dialoguer » et « négocier ».

Apparemment, le Hirak a mal compris et a tout confondu. Ce même Hirak a maladroitement compris que ces élites s’apprêtent à discuter politiquement en vue d’éteindre l’incendie qu’il a déclenché pour sauver le système, alors qu’il devait simplement comprendre qu’elles vont juste se rendre à El Mouradia pour « faire la conversation » et prendre un peu de thé.

Ce qui est horrible encore, c’est de tenter de tromper le Hirak avec ce grotesque mensonge et cette bouffonnerie d’illusion de « nous allons exiger leur départ ». Ça fait rire et pleurer à la fois.

D’abord, une fois lancée la machine du dialogue, plus rien ne peut arrêter son processus. Son aboutissement est visible de mon balcon : la capitulation de ces élites. Quand on accepte un dialogue au summum de la lutte du Hirak, c’est que dans le cartable de ces élites, il n’y a que la capitulation.

Alors que dire de l’exigence de « leur départ » quand ces élites refusent d’affronter ces « leur » ne serait-ce que pour annuler cette mascarade électorale.