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Plaidoyer du mouvement associatif : Comment développer l’écotourisme à Béjaïa ?

Invité à intervenir lors de la rencontre ayant regroupé le ministre de l’Agriculture avec les investisseurs, tenue au siège de la wilaya lors de sa visite, le président de l’association Assirem Gouraya, Amar Rabhi, a longuement parlé de l’écotourisme dans la wilaya de Béjaïa et des potentialités que recèle celle-ci sur tous les plans : espaces forestiers, littoral, agriculture, pêche, artisanat, culture, histoire…

Béjaïa, dira-t-il, mérite d’être une wilaya pilote dans le domaine du développement du tourisme sous tous ses aspects puisqu’elle recèle des richesses naturelles, culturelles, humaines sans commune mesure. L’importance des beaux paysages de la région, le savoir-faire des populations locales dans les domaines de l’agriculture, de l’artisanat, des industries de transformation des produits du terroir ainsi que les ressources hydriques nombreuses que possèdent la wilaya (cascades, rivières, lacs, barrages,…) peuvent y contribuer. Elle semble être la première à l’échelle nationale en matière de cascades (plus de 12 cascades et la plus importante dépasse les 200 m de hauteur). Ces cascades n’ont jamais fait l’objet d’une exploitation touristique. Les montagnes de Béjaïa se répartissent en quatre massifs importants : les Bibans, l’Akfadou et ses environs, le Gouraya et la chaîne des Babors. La montagne des Bibans présente des potentialités importantes en forêts, en culture, en barrages, en agriculture familiale. L’Akfadou recèle lui aussi des atouts en forêts (plus de 10 000 ha), des lacs, des vestiges romains, le site du PC de la Wilaya III Historique. Le Gouraya est la montagne classée comme Parc National. La chaîne des Babors est une montagne qui possède des espaces forestiers, des cascades, des villages connus par une activité pastorale et une culture vivante portée par plusieurs dialectes locaux. La Vallée de la Soummam est traversée par une longue rivière de près de 150km : elle prend son départ de la région de Bouira pour rejoindre la ville de Béjaïa. La Soummam est une zone humide reconnue par le traité de Ramsar et c’est en son sein que s’est tenu le fameux Congrès de la Soummam dans le petit village d’Ifri, dans la commune d’Ouzellaguen.

Comment peut-on envisager l’épanouissement du tourisme de montagne à Béjaïa ?

Dans le souci de développer le tourisme de montagne à Béjaïa, Rabhi évoque l’introduction d’un concept nouveau, celui du tourisme durable : concilier les enjeux économiques, socioculturels et environnementaux de l’activité, par le biais d’une utilisation efficace et raisonnée des ressources et des biens rares sans compromettre les besoins des générations futures. Il s’agit donc d’une approche intégrée du tourisme sur du long terme. Il s’agit à la fois d’améliorer les possibilités d’emploi et de services, d’encourager la croissance économique et d’accroître les moyens d’existence dans des territoires souvent défavorisés et marqués par l’inégalité sociale, de préserver la biodiversité et de valoriser les patrimoines dans des espaces souvent victimes des pressions environnementales, mais aussi de renforcer la participation de la population locale.

Pourquoi le choix de Béjaïa comme région pilote ?

Pour le président de l’association en question, Béjaïa possède toutes les caractéristiques d’une wilaya qui peut se tourner vers un avenir touristique de masse orienté vers la solidarité, le développement durable…
Les richesses de Béjaïa sont nombreuses : montagnes, rivières, forêts, littoral (120 km), 75% de son territoire sont des zones de montagnes, 122 000 ha de forêts, trois chaînes montagneuses différentes, des savoir-faire toujours vivants, l’Histoire millénaire de la ville de Béjaïa dans le domaine des Sciences et des Arts, l’hospitalité légendaire des populations locales…

Comment développer le tourisme durable à Béjaïa ?

En réponse à cette question, notre interlocuteur «estime que le secteur du tourisme doit investir à travers la société civile pour des initiatives efficaces qui touchent les valeurs et l’intérêt des populations locales en les intégrant dans un processus d’implication directe au développement du tourisme avec encouragement par des contreparties dans le bénéfice : le secteur du tourisme va s’aider des populations locales en leur confiant des missions de sauvegarde des traditions, des coutumes, des métiers et la protection des sites environnementaux qui seront leurs propres sources de richesses».

Quelles seraient les initiatives àentreprendre ?

Pour M. Rabhi, la société civile doit participer en jouant un véritable rôle de rapprochement entre l’Etat et les populations, les sensibiliser à travailler ensemble pour l’intérêt général. Les initiateurs d’un tel engagement doivent savoir que ce travail représente l’avenir de toutes les populations locales et que l’improvisation et le laisser-aller ne doivent pas entacher une telle œuvre. Les responsabilités devront être délimitées pour tous les acteurs qui prendront part au processus.

Quels sont les moyens à mettre en œuvre ?

Le tourisme mondial est, de l’avis de notre interlocuteur, «devenu un facteur essentiel dans le développement d’un pays. Notre pays possède des potentialités considérables pour l’écotourisme. Dans les montagnes, les villages rénovés peuvent servir de gites gérés par les populations locales. En forêts, la mise en place de chalets en bois peut servir. Sur le littoral, limiter les surfaces des grands complexes et utiliser des bungalows préfabriqués ou des tentes. Travailler à valoriser les arts culinaires traditionnels de notre pays. L’artisanat local doit être réorganisé au niveau de chaque site. Les activités de loisirs doivent toucher tous les aspects (sports de nature, jeux traditionnels, festivités…). Ouvrir des marchés hebdomadaires dans les grandes villes et des boutiques limitées au niveau des Parcs Nationaux pour la commercialisation des produits du terroir. L’intervention, soulignera l’orateur, est le couronnement de tant d’années d’activités sur le terrain que nous voulons mettre à la disposition des autorités concernées et des personnels intéressés par le développement du secteur du tourisme dans notre pays en général et à Béjaïa en particulier. Notre expérience peut servir tout le territoire de notre pays, puisque nous avons eu aussi la possibilité de visiter plusieurs régions différentes qui méritent de recevoir un investissement conséquent pour la promotion du tourisme durable.»

A. Gana / DDK