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Pour une dynamique écologique et citoyenne à Bejaia

La protection de l’environnement est aujourd’hui face à deux enjeux de taille et déterminants pour l’avenir des générations futures : Il faut absolument répondre aux besoins grandissants de la population en matière de consommation, de santé, d’alimentation en eau potable, et d’assainissement des eaux usées, et au même temps il faut faire face aux risques menaçants des impacts négatifs des installations industrielles et de l’activité humaine. La perturbation généralisée du globe caractérisée par le réchauffement climatique, les inondations récurrentes, les canicules, et le changement incontrôlé de notre mode d’alimentation ont enfanté une fragilisation de notre santé par de multiples maladies qui mettent en péril la race humaine en entier.

Bejaia, à l’instar de toutes les régions du pays, subit des mutations tout azimut non accompagnées par de vraies orientations, à court, à moyen et à long terme, L’urbanisation rapide non étudiée. Une industrie fleurissante sans une véritable réflexion sur ses impacts sur notre écosystème. Des infrastructures hydrauliques manquantes ou incapables de contenir le flux grandissants des eaux usées ou répondre favorablement aux besoins en eaux potables. Sont les véritables soucis menaçants A tous ces maux s’ajoute le plus dangereux : l’insouciance de la population et les pouvoirs publics quant à l’amélioration du cadre de vie. La prolifération des décharges sauvages sans aucun suivi, l’absence d’un programme de sensibilisation et d’éducation environnementale sur les modes de traitement de nos déchets sont aujourd’hui des questions dignes de réflexion car elles représentent un sérieux enjeu sur la santé publique.
Ma contribution vise à dresser un constat jusqu’ici amer et loin d’être satisfaisant et situer les responsabilités devant une situation grave de notre environnement. Qui s’achèvera par une série de propositions qui à mon sens peuvent apporter des solutions concrètes et réalisables ou à la limite peuvent lancer un débat et attirer l’attention des pouvoirs publics sur la question de l’environnement dans notre wilaya.
Constat
La région de Bejaia génère autour de 400 000 tonnes de déchet par an, compte un total de près de 800 décharges sauvages, à travers 38 communes sur les 52 qu’elle compte, et occupent une superficie estimée à 700 000 m2, elle ne compte malheureusement aucun centre d’enfouissement technique jusqu’à présent Les déchets déversés dans les décharges sauvages sont de nature diverses : ordures ménagères, objets encombrants, produits toxiques, métaux, plastiques… Ces décharges offrent un décor désolant à une région dite touristique et un nid à de graves maladies provenant de La combustion spontanée due à l’incinération non contrôlée ou à l’ensoleillement en période estivale qui cause des désagréments par des fumées insupportables et des odeurs nauséabondes provenant du pourrissement des ordures auquel s’ajoute l’émanations de gaz toxiques tel que méthanes, hydrogènes sulfureux.. Etc.) entrainant la prolifération de germes cancérigènes dans la poussière d’ordures inhalée par l’ensemble des populations environnantes. La prolifération des rongeurs et insectes due à la fermentation des déchets constituant la nourriture principale des rats porteurs directs et indirects de propagation de graves maladies, Les ordures en décomposition sont aussi le pôle d’attraction des mouches ou autres insectes vecteurs de virus et de germes. Sans oublier la pollution des eaux des Oueds, d’où l’apparition d’algues nocives provoquant la contamination des nappes et des sources naturelles,
Bejaia, considérée comme la perle de la méditerranée et une destination privilégiée des milliers de touristes compte tenu des beaux sites touristiques qu’elle recèle .Aujourd’hui, les décors hideux des ordures, les fumées suffocantes et les odeurs à couper le souffle à l’entrée de chaque localité de la wilaya remplacent les enseignes de bienvenue.
– Les décharges sauvages : La décharge de Boulimat à titre d’exemple a été à maintes reprises au centre des préoccupations Malheureusement, tous les débats n’ont pas permis de lui trouver une solution finale qui puisse à jamais l’éradiquer. Malgré les campagnes de sensibilisation, les citoyens continuent toujours à jeter leurs ordures au niveau de ce lieu. Les mauvaises odeurs qui se dégagent de ces lieux, en été surtout, dissuade de nombreux touristes de s’y rendre. Conscients du danger qu’elle représente pour leur santé, beaucoup d’estivants préfèrent se rendre sur la côte Est qui offre un visage plus avenant que celui de la côte ouest.
– Les décharges sauvages ne se limitent pas uniquement à celle de Boulimat mais il en existe bien d’autres. C’est le cas de Sidi-Aich sur la RN 26, El kseur, Beni Ksila, Akbou et Tazmalt. Des fumées insupportables se dégagent quotidiennement suite à l’incinération permanente des tonnes de déchets que les communes environnantes y déversent entrainant la pollution des eaux des oueds.et menacent notre santé par les gaz toxiques qui polluent l’atmosphère. Les tas d’ordures jetés tout au long de nos axes routiers, rigoles, caniveaux bivouacs, plages, quartiers et villages sont des images qui altèrent constamment notre cadre de vie.
– L’amiante La problématique des infrastructures éducatives contenant de l’amiante dans notre wilaya persiste. En effet, dans les localités de Bejaia, Chemini, Akbou Sidi Aïch, Barbacha ou encore Akfadou et Kherrata, des classes, construites il y a plusieurs années, contiennent de l’amiante. La volonté de reconstruire ces édifices scolaires serait plus appréciée si n’était la manière de faire qui consiste à ne déplacer le danger que d’un endroit à l’autre sans se soucier d’une véritable élimination définitive du danger. A quand la réaction des autorités ?
– L’oued Soummam. Un collecteur des eaux usées à ciel ouvert : A force de pompages de l’eau, de pillage de sable et d’extraction anarchique des matériaux alluvionnaires, de rejets industriels divers, l’oued est devenu un collecteur des eaux usées à ciel ouvert dégageant pendant les fortes chaleurs des odeurs répugnantes. Les nombreuses unités de production qui se trouvent en grand nombre dans la région déversent leurs déchets toxiques directement dans le fleuve détériorant ainsi la qualité de l’eau. La pollution conduit à la disparition graduelle de la diversité faunistique et floristique qui s’y trouve. La Soummam risque dans peu d’années de devenir un oued mort, sans aucune vie aquatique d’ailleurs en 2014, une première intoxication a été signalée dans la région ou des milliers de poissons sont retrouvés morts.
Sans négliger les impacts néfastes du barrage de TICH-HAFF sur la biodiversité tout au long de la vallée. En plus du taux d’humidité accentué ,La dilution des produits toxiques qu’opérait l’écoulement naturel n’a plus lieu depuis la mise en service du barrage ,La variation des niveaux d’eaux dans l’oued à travers les saisons qui donnait vie à des milliers d’espèces n’est plus, Il y a l’impératif et l’urgence de déterminer le débit environnemental variable que le barrage doit lâcher périodiquement pour atténuer la catastrophe.
– Le tissu urbain : le tissu urbain dans notre wilaya se trouve surchargé ne répond plus aux normes de vie, et ce par l’absence quasi-totale d’espaces verts et de lieux de divertissement, de parkings, les trottoirs sont en majorités occupés. Ce qui affecte la fluidité de la circulation et engendre des dizaines d’accidents auxquels s’ajoute le non-respect flagrant des servitudes et des POS dictés par les PDAU au niveau de nos communes.
– Usage excessif de produits agrochimiques (engrais, pesticides, herbicides et fongicides), ces produits sont entraînés par le vent ou lessivés et peuvent donc polluer les sols et les nappes d’eau, et réduire la biodiversité. Les résidus chimiques présents dans les aliments peuvent être nocifs pour la santé de l’homme.
– La fiente : Le problème de la fiente se pose également avec acuité où le nombre de poulaillers recensés dans la wilaya est estimé à 2000 unités agréées et illicites, générant une quantité d’environ 25 tonnes par jour de fiente. Cette situation nécessite des actions urgentes pour la mise en place des unités de compostage et de neutralisation des fientes.
-La déforestation massive et les feux de forêt : La déforestation à Bejaïa est un phénomène qui porte dans ses différents aspects un sérieux coup au patrimoine forestier de la wilaya qui s’étend sur une superficie de 122 500 ha de forêts et de maquis. Entre les incendies et les coupes illicites, la forêt subit une destruction par essentiellement l’élément humain.
– L’activité industrielle : L’impact de l’activité industrielle se caractérise par les rejets nocifs dans l’atmosphère ce qui accentue le réchauffement climatique, ainsi que les rejets à l’aval des circuits de production parfois sans épurations aux oueds notamment à l’oued Soummam ce qui cause des dégâts énormes pour la biodiversité, à la faune et à la flore. Sans oublier la nuisance sonore qui est loin d’être négligeable.
– L’activité touristique : Le tourisme de masse incontrôlé dans notre région représente une vraie menace due à la surexploitation qui met une énorme pression sur la zone avec des dégradations environnementales telles que l’érosion des terres, les rejets d’eaux usées dans la mer et les rivières, la destruction des habitats naturels des animaux, la pollution par une gestion négligée des déchets. Sans oublier la densité du trafic routier qui accentue la pollution et les accidents. Ainsi que les feux de forêt qui dévaste des dizaines d’hectares
– Le transport et le trafic routier : Bejaia représente l’une des wilayas du pays les plus surchargées par le transport et trafic routier en revanche, son réseau routier est classé au bas du tableau au niveau national. On cite l’inexistence de l’autoroute, de tramway et du téléphérique et le non achèvement de la voie ferrée. Sans oublier de noter l’usage excessif du véhicule et les coupures de routes récurrentes ce qui a accentué les accidents de circulation d’une part, d’autre part le secteur des transports est le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre, en particulier le CO2. A lui seul, le secteur des transports (regroupant la circulation automobile et le transport routier) représente environ 26% des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Qui est responsable ?
Selon les propos des responsables ,beaucoup de projets ont été inscrits à l’actif dudit secteur dans le cadre d’un programme qui s’articule, initialement, autour de l’élaboration de schémas directeurs de gestion des déchets municipaux, de la réalisation de centres d’enfouissement technique et décharges contrôlées, et de la réalisation de centres de tri.
Loin de réduire les efforts consentis pour la réalisation du CET (centre d’enfouissement technique) Sidi Boudrahem, qui devait remplacer la décharge sauvage de Boulimat, sur le littoral Ouest de la ville de Bejaïa. , malheureusement l’administration avait œuvré dans la précipitation a son ouverture sans procéder à une large compagne de sensibilisation sur l’utilité du projet et sans tenir compte non plus des normes requises à savoir des infrastructures annexe que doit avoir un tel CET. Un centre de tri a l’amont et une station d’épuration appropriée capable de traiter le lixiviat sortant avec des accès convenables. Les dégâts occasionnés par la sortie de lixiviat sans aucun traitement préalable avait causé un vrai dégât écologique dans la commune d’Oued Ghir et, sa fermeture par la population environnante en est une conséquence logique et un ultime recours.
Deux autres CET prévus respectivement à Tinebdar et Draä El Caïd, inscrits depuis plus de cinq ans, ne sont pas encore lancés pour cause d’opposition émanant d’une partie de la population locale de ces municipalités.
Un projet de réalisation et d’équipement de quatre décharges contrôlées, au niveau des communes d’Akbou, El Kseur, Beni Ksila et Boudjelil. Toutefois, déplore-t-on, l’opposition récurrente des habitants empêche la réalisation de ces projets. Pourtant des mesures ont été prises en matière du choix de terrains pour le respect de l’environnement et la préservation de la santé publique.
-Désintéressement des citoyens sur la question de l’environnement : La journée du 04 mars 2017 consacrée à la santé, hygiène et environnement, organisée par les amis de la faculté de médecine AFMB en collaboration de 04 autres associations à la maison de culture de Bejaia illustre bien ce désintéressement tant par le citoyen que par les autorités, une journée qui se veut écologique avec comme seul slogan ‘’Rendre à Bejaia le qualificatif de région propre ‘’. On déplore malheureusement l’absence des autorités et beaucoup d’autres personnalités pourtant conviées à cet évènement. En revanche le PDG de Cevital était présent il avait même donné la promesse d’ériger un incinérateur dernier modèle à la hauteur d’un milliard de dinars ainsi qu’une station d’épuration des eaux usées de la ville de Bejaia à condition que l’administration fasse preuve de souplesse quant à l’acquisition du foncier convenable aux projets. Jusqu’ici les autorités garde la sourde oreille malgré maints écrits et contestations à la tutelle par le comité de suivi de ce colloque.
Dans ’optique de freiner la volonté issue de cet évènement, l’administration avait tenté de céder le projet de traitement des déchets de notre wilaya au Club 92 ‘’une association des entrepreneurs franco-algériens’ ’avec des tarifs triples par rapport à ceux appliqués pour la tonne par le même operateur à Oran.
Quant à l’Epic (Etablissement public à caractère industriel et commercial) que la commune de Bejaia compte lancer, le projet reste toujours compromis. La trésorerie de la commune n’a pas encore validé l’admission en dépenses d’un montant de 70 milliards de centimes destinés à l’Epic
Entre le marteau des autorités dont les solutions palpables tardent à venir et l’enclume de l’insouciance et l’incivisme des citoyens qui continue à jeter les ordures dans des décharges sauvages et sur les accotements de nos routes en s’opposant carrément a la construction des centres porteurs de solutions à ce marasme, la problématique de l’environnement dans notre wilaya reste entière et notre état de santé demeure malheureusement dans le collimateur.
Que faut-t-il faire ?
Je ne crois pas beaucoup au terme catastrophe naturelle, tous les changements climatiques ne sont en réalité que des phénomènes qui ont existé depuis la naissance de la planète ; mais la vraie catastrophe c’est l’œuvre de l’homme lui-même, ce dernier doit être l’élément central dans la protection de son environnement, notre réflexion doit être mondiale accompagnée d’une action locale. On ne peut pas réussir, si nous même on n’est pas convaincu. On ne peut pas convaincre, si nous n’avons pas nous-mêmes engagé d’actes.
Sur ce, il y a urgence de se concerter autour d’une réflexion commune sur le problème de l’environnement dans notre wilaya et fédérer toutes les associations environnementales, tous les spécialistes dans le domaine et tous les acteurs de la société civile pour une action effective capable d’améliorer notre cadre de vie et atténuer les atteintes récurrentes et graves sur notre écosystème.
Il y a donc l’impératif de procéder à :
– L’organisation de grandes assises sur l’environnement et le tourisme a Bejaia.
– L’ouverture de plus de centre de tri et de CET avec le respect de normes de la mise en service.
– Amplifier les efforts dans le cadre de PROGDEM (programme de gestion des déchets ménagers) et impliquer tous les citoyens notamment la femme au foyer sur les méthodes de compostage et du tri sélectif à l’amont.
– Réalisation et respect des PDAU, des POS, de système d’information géographique SIG, des schémas directeurs d’assainissement des eaux usées, d’AEP, des déchets, et les plans de circulation pour les communes de la wilaya.
– Lancer une profonde réflexion et des études exhaustives sur la protection de l’écosystème tout au long de l’oued Soummam
– Elimination des rejets sauvages des eaux usées en préconisant des stations d’épuration compacts ou de jardin filtrants pour préserver les cours d’eaux. Et l’application rigoureuse de la règlementation à l’encontre des entreprises industrielles quant au respect des normes d’hygiène (exemple les bassins de décantations a l’aval de leurs circuits de production, et la prise en charge effective de leur dossier d’évaluation environnementale (études ou notices d’impact, études de danger, et les audits environnementaux).
-Entreprendre des mesures incitatives pour les sociétés de recyclages, pour les villages et quartiers propres. Et encouragement des associations et clubs verts qui activent dans le domaine de protection de l’environnement
– Création de coopératives contrôlées de bois pour atténuer la déforestation. Et célébration plus marquée des journées ayant trait à l’environnement avec de grande compagne de plantation d’arbres par les élèves et leurs parents.
– Large sensibilisation sur les Eco gestes tels que le covoiturage, l’usage de paniers, le respect de nos plages et espaces forestiers…etc, Organisation des journées de bénévolat pour le nettoyage des plages, des routes et des bivouacs avec la participation et l’encadrement des autorités locales. Et amplifier les journées d’études et colloques sur l’environnement en érigeant une vraie passerelle avec le monde universitaire.

4- Conclusion
Avec un gisement annuel de déchets avoisinant 18 000 tonnes de plastique, 43 000 tonnes de cartons, 10 800 tonnes d’aluminium, 4 400 tonnes de verre, 8 600 tonnes de bois et 32 500 tonnes d’industrie en CSR (matières combustibles), la wilaya de Bejaia peut jouer un rôle pivot dans le recyclage et l’économie circulaire, et permettra ainsi une mutation effective à l’aspect encombrant de nos déchets à une sérieuse opportunité d’investissement créatrice de richesse et de milliers d’emplois
Notre région qui bénéficie déjà d’un statut international de zone humide, peut poser d’ores et déjà ses ambitions en mobilisant ses habitants et ses unités économiques, dans une dynamique écologique et citoyenne. Il faut parvenir à transformer les facteurs de pollution en facteur de développement. Ma conviction est ferme qu’avec une initiative citoyennes forte on va restituer à Bejaia sa beauté pour qu’elle demeure l’émeraude de la méditerranée, la ville pilote de civisme et le coin privilégié des touristes du monde entier.

Etablie le 20/07/2018 par Mr Ihden Idriss
Ingénieur en Hydraulique Urbaine et Environnement
Gérant du bureau d’études : EDEN INGENIERIE