30 novembre 2016

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Secteur de l’éducation à Béjaïa : Manque criant en encadrement

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La détérioration des conditions pédagogiques compromet les chances de réussite des élèves

Quelque 2000 départs à la retraite ont été enregistrés au 31 octobre 2016 et l’opération se poursuivra  jusqu’au 31 décembre prochain.

L’année scolaire se présente encore plus mal cette année pour les élèves de la wilaya de Béjaïa. Les départs massifs à la retraite suite à la suppression de la disposition de  la loi sur la retraite anticipée et proportionnelle ont provoqué une hémorragie dans les rangs du personnel de l’éducation à Béjaïa. A l’instar des autres wilayas du pays, d’importants contingents des personnels administratif et enseignant ont quitté le secteur, alors que des centaines d’autres se ruent pour déposer leur dossier de départ à la retraite avant la date butoir du 31 décembre.

Selon Nabil Ferguenis, coordinateur national de l’éducation au Snapap, qui se base sur des chiffres fournis par les sections syndicales et confirmés auprès de la direction de l’éducation de Béjaïa, environ 30% des 65 lycées que compte la wilaya fonctionnent sans proviseur. Quelque 100 écoles primaires sur les 580 existantes, ainsi que 40 à 50 des  160  CEM n’ont également pas de directeur, indique-t-il, ajoutant que 80% des lycées de Béjaïa fonctionnent sans censeur et 70% des lycées et CEM sont sans surveillant général.

Pis encore, selon le syndicaliste, à ce jour, la liste de 185 éléments des corps communs, qui ont réussi au concours de recrutement il y a plus d’une année, n’a pas  encore été affichée. 159 ouvriers professionnels en fin de contrat risquent de se retrouver à la rue sous peu, si leur contrat n’est pas renouvelé, selon Nabil Ferguenis, qui plaide pour l’intégration de tous les corps communs et ouvriers professionnels de l’éducation. A la direction de l’éducation, on se veut plus nuancés quant au nombre de postes vacants.

Une source de cette institution confie à El Watan le chiffre de 80 établissements en tout, dont 18 lycées, qui sont sans directeur. Elle indique toutefois qu’un «nombre important de chargés de fonction» sont désignés parmi le personnel toujours en fonction pour occuper ces postes vacants, en attendant l’organisation d’un concours. Quelque 2000 départs à la retraite ont été enregistrés au 31 octobre 2016 et l’opération se poursuivra jusqu’au 31 décembre.

Notre source reconnaît tout de même qu’un «état d’anarchie» s’est installé cette année dans le secteur. Non anticipés par les responsables du secteur, les départs à la retraite ont complètement chamboulé le plan de gestion du personnel. «591 enseignants ont été recrutés par le biais du concours du 30 avril dernier, mais les départs à la retraite ont libéré 1670 postes à pourvoir, soit trois fois plus que les recrues», indique notre source. «Il y a eu un mouvement dans un autre», justifie-t-elle.

Les chargés de fonction prennent sur eux d’assumer des doubles tâches, mais le problème reste structurellement non résolu. Ainsi, la revendication de la révision du statut particulier prend plus que jamais tout son sens. «Mieux payés, les enseignants-formateurs n’acceptent pas d’occuper les postes de proviseur pour s’éviter des responsabilités supplémentaires inutiles. Il faut donc revoir le statut particulier afin de mieux cerner les catégories», explique notre source.

Une réunion de travail s’est tenue dimanche à la direction de l’éducation. Objectif : évaluer le nombre de postes vacants et arrêter les statistiques avant le 31 décembre. C’est à partir de là que sera arrêté le nombre de postes à pourvoir pour l’année prochaine. En attendant, si pour les enseignants la situation est plus ou moins maîtrisée cette année, en puisant dans la liste d’attente du dernier concours et dans la plate-forme nationale et en appelant les vacataires à la rescousse, la situation se corse pour les autres segments de l’encadrement éducatif.

Les élèves devront composer avec un encadrement qui se réduit comme une peau de chagrin et des conditions pédagogiques qui se dégradent à vue d’œil : surcharge des classes et double vacation (plusieurs classes dans une seule salle), des chantiers de nouvelles structures qui traînent en longueur, vétusté et délabrement de certaines structures, transport scolaire insuffisant, etc. La conjugaison de tous ces dysfonctionnements et défaillances ne manquera certainement pas d’impacter encore plus négativement le rendement des élèves.

 Le redoublement bat des records

Le taux de redoublement scolaire à Béjaïa est le plus élevé du pays. C’est la ministre de l’Education nationale qui l’a déclaré  lors de sa récente visite à Béjaïa. Même si la wilaya peut toujours se consoler avec un taux de réussite aux examens supérieur à la moyenne nationale, il reste qu’elle tient le haut du pavé en matière de redoublement.

Avec un taux de 23% au secondaire et de 22,5% au moyen, contre respectivement 19 et 20%, sur le plan national, Béjaïa fait figure de cancre. Une déconfiture due, selon la ministre, à «l’instabilité» du secteur dans la wilaya, allusion aux mouvements de grève des enseignants.

Les syndicats, eux, cherchent les raisons ailleurs. Ils les trouvent dans «la léthargie, l’incompétence  et le manque de planification» qui frappent le secteur à Béjaïa, comme l’a indiqué à El Watan Slimane Zenati, coordinateur de wilaya du Cnapeste.

M. Ouadah, coordinateur national du SNTE, pointe, lui, du doigt «l’incompétence des gestionnaires», remettant en cause le critérium requis pour le recrutement du personnel qui, a-t-il dit, «a généralisé la médiocrité et l’indiscipline».

Les responsables du secteur sont dans l’obligation de solutionner en urgence les multiples problèmes qui s’imposent au secteur à Béjaïa, si l’on ne veut pas voir le taux de déperdition scolaire se creuser davantage.Mohand.

Mohand Hamed-Khodja / El watan

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