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Témoignage sur le feu Yahia Hammouche

Une enfance dans une Kabylie rurale et pauvre. Yahia Hammouche est né le 18/01/1961 au village de Takorabt Idjissen, commune de Smaoun. Ainé d’une fratrie de 8 enfants, il vivra ses douze premières années la vie dure des montagnards dans une région appauvrie par la colonisation où les meilleures terres étaient concentrées aux mains des européens ou de certains algériens amis de la France.

Dès l’hiver 54,notre père comme tant d’autres hommes seuls, faisait parti de cette importante communauté de travailleurs immigrés partis renforcer certaines usines françaises.Un jour de décembre 1973, mon père décida d’emmener Yemma et ses enfants en Lorraine en Moselle (Corny sur Moselle Gorze et Ars sur Moselle), c’est le temps de l’immigration familiale,un exil supposé temporaire.

De la Kabylie profonde à la prolétarisation en France.
Yahia y suivra une classe pré-professionnelle de niveau en métallurgie/soudure et découvrit ensuite les Forges et Boulonneries d’Ars sur Moselle, les hauts fourneaux et la sidérurgie Lorraine. C’est de cette connaissance des conditions socio professionnelles des ouvriers et des immigrés qu’est née chez lui une prise de conscience politique de Gauche. Il participe à la vie associative, militante et aux empoignades parfois violentes avec le SAC ( service d’action civique). cette volonté bien trempée pour triompher des difficultés et de changer le cours des événements.
Un esprit critique qui s’est développé grâce à la culture.

Autodidacte, passioné de livres,de musiques et de théatre,il était un adepte de la bibliothèque municipale et fréquentait régulièrement les Trinitaires de Metz, un lieu emblématique et incontournable de la scène culturelle régionale où il découvrira Bernard Lavilliers. Au fil du temps,le jeune Yahia sera surtout très inspiré par Léo Ferré, l’un des monstres sacrés de la chanson française.

Fin 1981, retour au pays.
A l’aube de ses 21ans,la parenthèse française fermée ,il retrouve son Algérie natal, certes mieux armé qu’il ne l’était neuf années plus tôt mais avec cette douleur indicible de vivre loin de sa famille. Il aurait pu revenir en France mais il rêvait d’une Algérie debout digne et plurielle qui a confiance en elle se réconciliant avec son identité. La dimension de résilience était forte chez Yahia, il avait cette capacité de vivre,de rebondir face aux épreuves dans des contextes différents.Très tôt,fort de son expérience militante et associative, il s’engagera pleinement au sein du MCB(Mouvement Culturel Berbère) dans la lutte démocratique, les droits de l’homme et la liberté. Personne totalement désintéréssée, généreuse aidant les autres à travers des dons, des œuvres, mécène dans la discrétion.Yahia estimait que la culture et l’éducation étaient les deux terrains à investir pour lutter contre l’obscurantisme. Rassembleur, il n’a jamais manqué de donner de son temps pour réunir les différentes énergies militantes autour des problèmes primordiaux. Cela dit, n’ayant jamais été encarté politiquement, cet Amazigh épris de liberté ne souhaitait pas être enfermé dans les dogmes d’un parti.

Passionné de football,ce militant infatigable sera également impliqué dans le mouvement sportif en étant à la tête du MOBgayet de 1996 à 1998, club le plus populaire de la vallée de la Soummam.

Enfin,son ultime projet consistait à vivre au plus près de la nature, de s’installer en agriculture qui est aussi un acte hautement militant.Dans agriculture, il y a culture. Fidèle à l’agroécologie, il était vital pour lui de cultiver la terre, de ne pas avoir une éducation hors sol, de protéger nos sources de vie,de concevoir des systèmes de production qui s’appuient sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Son frère Brahim Hammouche déclarait dans un dernier hommage: « Il reste ce chemin qu’il a su tracer en relevant des vallées,en abaissant des montagnes et des collines ,en changeant des reliefs en plaines et des hauteurs en vallées  »
Toutes ses actions seront poursuivies jusqu’à son dernier souffle survenu le 08 décembre 2016 en espérant que les luttes soient perpétuées.

Karim H