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Université de Béjaïa : Conflit autour du transfert de la faculté de technologie à Amizour

À la croisée des chemins

L’université Abderrahmane Mira de Béjaïa est l’une des universités qui évoluent le mieux en Algérie.

Ses effectifs avoisinent les cinquante mille étudiants et plus de mille six cents enseignants, dont près de soixante-dix de rang professoral. Ils sont actuellement répartis sur deux campus : Targa Ouzemour et Aboudaou. Le premier a depuis longtemps dépassé ses capacités d’accueil, tandis que le second s’y dirige petit à petit.

Le campus de Targa Ouzemour accueille à l’heure actuelle plus de dix-huit mille étudiants pour une capacité d’accueil de treize mille places pédagogiques. Il est dans une situation de sursaturation avec un taux d’occupation dépassant les cent quarante pour cent, celui d’Aboudaou près de trente mille. Cette situation de sursaturation des capacités d’accueil a déjà été vécue par cette université, qui ne comprenait que le site de Targa Ouzemour. Mais pour faire face à l’arrivée massive de nouveaux étudiants, un deuxième site a été construit en 2004, en l’occurrence celui d’Aboudaou, regroupant les facultés de Droit, des Sciences économiques, des Lettres, des Sciences humaines et sociales et enfin, de Médecine. L’Université est donc passée de trois à huit facultés. Cela avait donné du répit à l’Université, qui avait quand même prévu de continuer à recevoir des effectifs en constante augmentation. Raison pour laquelle deux nouveaux sites ont été prévus, à savoir les Campus d’El Kseur et celui d’Amizour.

Campus d’Amizour

Ce dernier est opérationnel depuis la rentrée universitaire de 2015/2016. D’une capacité d’accueil de plus de quatre mille places pédagogiques, pouvant aller jusqu’à six mille, le rectorat avait décidé de l’attribuer à la faculté de Technologie, avec une autonomie totale de gestion. Selon le site web de l’Université, la capacité d’accueil de ce campus est de 4 100 places pédagogiques, extensibles à 6 000. Il est composé d’infrastructures pédagogiques et de dépendances. Concernant les infrastructures pédagogiques, le campus d’Amizour comprend deux amphithéâtres climatisés de 250 places chacun, six amphithéâtres climatisés de 300 places chacun, deux amphithéâtres climatisés de 400 places chacun, De plus, il y a un bloc d’enseignants de 28 salles, Un centre de calcul de 28 salles climatisées de TD&TP informatique, et de deux salles de visioconférences climatisées. Les dépendances, toutes climatisées, sont constituées quant à elles, d’un bloc d’enseignants de 120 bureaux d’un bloc d’administration de 120 bureaux, d’une bibliothèque de 750 places, d’un auditorium de 500 places et d’une salle de soutenances et de conférences de 180 places. Ajoutant à cela les espaces sportifs et de détente et, contrairement à Aboudaou qui est isolé de tout, la proximité de la ville d’Amizour avec son théâtre et salle de spectacles et son stade qui accueille différentes compétitions sportives.

Campus d’El Kseur

La capacité d’accueil de ce campus est de six mille places pédagogiques, extensibles à dix mille. Il est composé de trois unités d’enseignements et des dépendances, toutes climatisées. On peut toutes les citer, mais les détails peuvent être consultés et même téléchargés à partir du site de l’Université Abderrahmane Mira de Béjaia. Mais on peut les résumer comme suit : des dizaines de salles d’enseignement (près d’une centaine), des amphithéâtres de deux cents et trois cents places, et une vingtaine de laboratoires pédagogiques et des salles de travaux pratiques informatiques. Les dépendances sont aussi conséquentes, puisqu’on y compte quelque cent vingt bureaux pour les enseignants, un bloc administratif de cent vingt bureaux, une bibliothèque de sept cent cinquante places, en plus d’un auditorium de cinq cents places.
Ces investissements sont colossaux. Ils donnent à l’université d’énormes moyens de développement, et mettent à la disposition des étudiants un environnement idéal pour réussir leurs études. Tahar Hadjar, le Ministre de l’Enseignement Supérieur avait, lors d’une visite de ces campus l’année dernière avoué qu’il n’avait jamais vu un campus aussi bien fait que celui d’Amizour. Il a invité la communauté universitaire de Bejaïa à se concerter pour en faire le meilleur usage.

Crise ouverte

Car dès l’ouverture de ce campus l’année dernière, un mouvement de fronde était né, sous l’impulsion de quelques enseignants refusant le déplacement de leur faculté vers Amizour. La crise s’endurcissait de plus en plus, malgré les tentatives de conciliation tentée par un certain nombre de personnes. Au point où, en fin de compte, l’irrationnel l’a emporté contre tout entendement. L’affaire est devenue régionaliste et politique. On avait dit à l’époque, que derrière le mouvement, des personnes aux intentions inavouées tiraient les ficelles. Certains avançaient les problèmes de distance et de transports, tandis que d’autres refusaient de s’y rendre sous le prétexte que le Campus avait été initialement prévu pour la faculté de Droit. En réalité, nous a-t-on dit, un député, jouant contre son camp, aurait encouragé le mouvement de fronde car il aurait voulu que le Campus en question soit construit dans sa région natale. Il aurait réussi à approcher le Premier ministère et convaincre les décideurs de surseoir au déménagement de la faculté de Technologie pour éviter des débordements. La décision avait alors été prise, et des centaines de milliards se trouvent en situation d’attente, avec tous les risques de détérioration de cet investissement et de ses conséquences sur la qualité de l’enseignement. Aujourd’hui, alors que la rentrée universitaire a déjà pointé du nez, la crise ne semble toujours pas avoir été réglée. Personne ne sait ce que va devenir le Campus d’Amizour dans les semaines avenir. Pourtant, le rectorat de l’Université a lancé un appel sur son site web, invitant la communauté universitaire à faire des propositions concrètes pour adopter une solution qui satisfasse tout le monde, tout en tenant compte de l’intérêt des étudiants. Il semblerait que les propositions ne soient pas encore arrivées et que le problème reste encore posé.

Croisée des chemins

Toujours est-il que normalement, la balle est dans le camp de ceux qui ont décidé de sa fermeture. En fin de compte, l’université pourrait organiser des journées portes ouvertes à l’intention de toute la communauté universitaire pour l’amener à se rendre compte de la réalité de ce campus. De plus, la commune d’Amizour qui accueille ce site a tant besoin que les cours y démarrent pour booster l’activité sociale et économique de la région, avec l’arrivée de près de six mille personnes, étudiants, enseignants et staff administratif. Les commerçants de la région ont été très déçus de la fermeture du site, eux qui avaient espéré que leur commune sorte du marasme. De même, l’activité sociale attendait beaucoup de l’ouverture de ce campus. Car avec Amizour, plusieurs autres communes sont concernées, à l’exemple de Feraoun, Semaoun, Barbacha, etc… L’Université Abderrahmane Mira de Bejaïa se trouve donc à la croisée des chemins. Soit elle dépasse la situation actuelle en surmontant la crise, soit elle reste dans l’exiguïté des locaux dans laquelle se trouve Targa Ouzemour, avec les conséquences pédagogiques que cela implique, comme la tenue des cours jusque tard dans la journée et l’obligation d’ouvrir même le samedi. Le silence des étudiants reste quand même inquiétant dans cette affaire. Attendent-ils de voir dans quel sens le vent va tourner, ou bien sauront-ils se montrer à la hauteur des exigences et regarder dans le sens de leurs intérêts pédagogiques. Car après tout, ce sont eux les premiers concernés. L’avenir de cette université est désormais en jeu, puisque les décisions prises en Conseil scientifique sont contestées par des enseignants aux arguments pas toujours convaincants, selon certains. Des enseignants avouent leur impuissance face à cette situation, puisqu’il y aurait, selon eux, manipulation et intimidation de ceux qui osent se lever contre ce boycott. Ils en ont marre de travailler dans des conditions «indignes» de l’université, alors que des conditions autrement meilleures leur sont proposées à quelques encablures de là. Verra-t-on enfin le bout du tunnel ?

N. Si Yani / DDK